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Rapport Mathiot : vers un lycée encore plus inégalitaire au service de la sélection

lundi 29 janvier 2018, par cgt

Sur le principe :
Cette réforme n’a pas été conçue comme une réflexion sur l’évolution du lycée pour améliorer la réussite de tou.tes les arrivant.es de collège. Elle a été construite à partir du projet de réforme de l’enseignement supérieur induisant une sélection à l’entrée de l’université. Ainsi, elle fait du lycée un lieu de préparation à l’université et organise le tri des élèves dès la fin de l’année de Seconde.
Nous ne disons pas que le tri n’existe pas dans le lycée actuel. Nous disons que cette réforme va l’accentuer. Comment ?

La transformation de la structure du lycée

Le rapport Matthiot

Le projet entérine la mise en place de semestres dans lesquels les élèves pourront étudier des disciplines différentes : Le premier semestre de seconde aura un fort tronc commun et le second semestre de nombreux enseignements à choisir : Physique chimie, SVT, SES... par exemple. On l’a compris, le second semestre prépare l’orientation. Cette semestrialisation implique une refonte des Obligations Règlementaires de Service vers plus de flexibilité pour pouvoir imposer aux enseignant.es, par exemple, 16h hebdomadaires face à élèves un semestre et 20h un autre pour les certifié.es.

Notre tract sur le rapport Mathiot

On s’attend aussi à une réduction ou une disparition de la distinction Général et Technologique, dans la structure mais pas dans la hiérarchisation des parcours. En effet, en Première, les élèves ne seront plus dans une filière. Le temps scolaire sera organisé en trois composantes :
- « Unité générale » soit un tronc commun (étroit)
- « Unité d’approfondissement » au choix des élèves : un couple de majeures (qui seront déterminantes et profilerons les groupes classes) choisir parmi une dizaine de possibilités, des mineures et des mineures optionnelles
- « Unité d’accompagnement » : sensé permettre orientation, travail en petit groupe, renforcement, remédiation... mais cet aspect reste très flou.
Ce mécanisme ne remet pas en cause l’effet de tri constaté dans les filières. Il va le reproduire et l’accentuer. Le rapport préconise d’ailleurs des regroupements de classe : les majeures scientifiques d’une part et les autres d’autre part. Vous trouverez ici le rapport Mathiot complet pour vous faire une idée plus précise de ce qui nous attend ainsi que des éléments d’analyse également dans notre TRACT CGT, à diffuser !

A la CGT, au contraire, nous militons pour un lycée unique et polytechnique ayant un large tronc commun et quelques éléments d’approfondissements pour permettre aux élèves de plus pratiquer ce qu’ils préfèrent sans pour autant abandonner les autres disciplines.

Cela évite les orientations précoces, permet la construction d’une culture commune de haut niveau pour tou.tes les élèves et évite la hiérarchisation des filières. Cela passe bien entendu par la réduction des effectifs à 24 élèves par classe, du travail en petits groupes, et bien d’autres évolutions. Vous trouverez notre projet de lycée dans ce tract complet.

Réforme du baccalauréat
Ce qui reste :
- Epreuve anticipée de français en 1re
- Epreuve finale de Philosophie en fin de Terminale
Ce qui change :
- Mise en place d’un grand oral, sorte de TPE « king size » que les élèves commenceront en première et qui sera évalué de façon individuelle en fin de terminale par deux enseignant.es et à première vue une troisième personne « de la société civile ». Sensé éduquer les élèves à l’autonomie et à la présentation à l’oral, nous voyons mal comment il se fera concrètement car les moyens humains nécessaires à cette mise en œuvre sont importants... dans un contexte d’austérité. Or, sans un vrai accompagnement individualisé, c’est la prime à l’héritage culturel familial !
- Les deux majeures seront évaluées en contrôle final... mais au retour des vacances de printemps... pour permettre aux universités de s’en servir pour sélectionner, si nécessaire, leurs élèves ! Habile !
- Le reste sera passé en contrôle continu dont on ne sait pas encore s’il s’agira du bulletin scolaire ou d’épreuves intermédiaires avec une banque nationale de sujets.
La conséquence en est que, si M. Mathiot maintient que le baccalauréat reste le premier grade universitaire, il n’est plus le garant de l’égal accès à l’université : des majeures joueront sans doute dans la sélection, le contrôle continu dans lequel l « effet de réputation » d’un établissement jouera aussi son rôle de hiérarchisation.
Et le rattrapage alors ?
Il sera remplacé par une étude des dossiers des élèves entre 8/20 et 10/20 par un jury. Le dossier scolaire sera donc le seul garant du « repêchage ». Et de nombreuses zones d’ombres persistent : Rattrape-t-on de la même manière un.e élève à 9.6/20 et un élève à 8.1/20 ? Comment va-t-on prendre en compte le lycée d’origine ?...
Bref, nous ne disons pas que le bac actuel est parfait, nous disons que ce projet ne fait qu’aggraver les choses selon un postulat idéologique fort réactionnaire : Nous ne pouvons pas donner à tou.tes la possibilité de réussir dans les mêmes conditions, donc nous donnons à chacun.e la chance de trouver une place dans le futur appareil de production économique en fonction de ses « capacités » et de ses « efforts »... Bref, l’antienne méritocratique dont la sociologie a maintes fois démontré qu’elle était un alibi pour masquer les inégalités sociales de réussite scolaire !

Annualisation du temps de service des enseignant.es ?

Dans son rapport remis, Pierre Mathiot écrit : "Nous avons pleinement conscience que cette proposition pourrait avoir pour conséquence d’agir sur le rythme de travail des enseignants qui est actuellement organisé sur une base hebdomadaire". En effet comment maintenir un cadre hebdomadaire avec de telles différences entre les enseignements d’un semestre à l’autre ? L’annualisation du temps de travail est sur les rails… La Cour des comptes recommande vivement l’annualisation où elle voit une mine d’emplois qui vont s’ajouter aux postes supprimés par la réduction des horaires. Mais il y a pire encore. Si on annualise ce sera sur quelle base ? La question des 1607 heures dues inscrites dans le statut des fonctionnaires va être reposée. Des parlementaires, G Longuet par exemple, s’en sont fait une spécialité. Là on va vers le doublement du temps d’enseignement pour le même prix (18h x 36 semaines = 648 heures/an), et, bien sûr, dans les deux cas, vers la suppression des heures supplémentaires. Si la CGT est opposée au développement des heures supplémentaires qui suppriment des postes, on sait que c’est un moyen pour les collègues de pallier au gel du point d’indice, à des salaires insuffisants.

Pour ces raisons, la CGT Educ’action Appelle :
- A se mobiliser le jeudi 1er Février, à discuter en AG dans les établissements et à établir des stratégies de mobilisations pour s’opposer à cette réforme. Appel intersyndical ici
- A se mettre massivement en grève le mardi 6 février et à manifester contre ce projet.

Enseignement supérieur : chacun doit pouvoir choisir sa voie

Nous ne sommes pas simplement « contre cette réforme », nous sommes « POUR UNE ALTERNATIVE QUI PERMETTE LA REUSSITE ET L’EMANCIPATION DE TOUS ET TOUTES ». Nous avons autre chose à proposer à notre jeunesse !