Monsieur le Recteur,
Le contexte international demeure marqué par de fortes tensions géopolitiques, économiques et sociales. Pour les personnels de l’Éducation nationale, ce sont surtout les conséquences de l’inflation et de la hausse du coût de la vie qui pèsent quotidiennement sur leurs conditions d’existence.
Les mesures annoncées par le gouvernement concernant les frais de déplacement constituent une reconnaissance tardive des difficultés rencontrées par certains personnels, notamment les AESH, les AED, les contractuelles ou les collègues exerçant sur plusieurs établissements. Elles restent cependant largement insuffisantes face à la dégradation continue du pouvoir d’achat. Avec l’augmentation automatique du SMIC Brut le 1er juin dernier à 1867,02 euros, augmentation pourtant insuffisante, les premiers échelons de nombreuses grilles indiciaires sont en dessous du SMIC ! C’est inacceptable.
La CGT Éduc’action continue d’exiger une revalorisation immédiate du point d’indice à hauteur des pertes subies face à l’inflation depuis 25 ans ( +30%) ainsi que son indexation sur cette dernière afin de mettre fin à un décrochage salarial qui dure depuis des années. Les choix politiques opérés dans le domaine éducatif nous interrogent également. La récente adoption de la loi Blanchet, qui instaure un enseignement obligatoire d’éducation à la défense de la 6e à la terminale, traduit une conception de l’École éloignée de celle que nous défendons. Pour la CGT, l’École publique doit avant tout former des citoyennes et citoyens éclairés, capables d’esprit critique, d’émancipation et de participation démocratique.
Les annonces ministérielles concernant la maîtrise de la langue au baccalauréat suscitent également notre inquiétude. Derrière l’affichage d’une exigence légitime se profile un risque de tri scolaire et social accru. La maîtrise de la langue se construit tout au long de la scolarité grâce à des moyens renforcés, des effectifs réduits et des dispositifs spécialisés pleinement dotés et non par des effets d’annonces démagogiques.
Concernant notre académie, nous dénonçons les choix budgétaires qui continuent d’affaiblir le service public d’éducation. En Seine-Saint-Denis, ce sont déjà 275 fermetures de classes qui ont été actées sur les 850 écoles du département, soit près d’une école sur trois touchée. Ce bilan pourrait encore s’alourdir lors du comité d’ajustement de la carte scolaire du 25 juin. Ces décisions s’inscrivent dans un contexte de suppression de 67 postes dans le premier degré à l’échelle académique, tandis que le second degré devra absorber une hausse démographique avec un déficit estimé à 25 équivalents temps plein. Dans une académie jeune et confrontée à d’importants défis sociaux, ces choix relèvent d’une logique comptable incompatible avec les besoins des élèves et des personnels. L’intersyndicale 93 a été reçue en audience au ministère le 3 juin dernier et seront de nouveau reçus en septembre concernant l’exigence d’un plan de rattrapage pour le service public d’éducation de Seine Saint-Denis, qui pâti d’un sous financement chronique. Selon les enquêtes et les rapports, le ministère dépense 30% de moins par élève que dans le reste du pays.
Dans le val de Marne, les documents concernant les mesures de carte scolaire pour le CSASD du 16 juin font apparaître 44 nouvelles fermetures qui n’étaient pas prévues en avril. Cette nouvelle saignée porte le total à 193 fermetures de classes pour l’année prochaine (pour seulement 66 ouvertures). A cela, s’ajoutent 27 postes utilisés pour mettre en place les PAS pourtant unanimement rejetés. Nous n’accepterons pas ces mesures injustifiables et c’est pour cela que nous appelons les collègues à faire grève le jour de ce CSASD. En Seine-et-Marne, la forte mobilisation des enseignant.es le 31 mars, jour du premier CSA carte scolaire ( plus de 200 personnes rassemblées devant la DSDEN ) a sans aucun doute favorisé les quelques ajustements obtenus lors de la deuxième phase il y a dix jours. Néanmoins le bilan comptable ne laisse pas de place à l’optimisme : 181 fermetures pour seulement 159 ouvertures.
Nous souhaitons également alerter une nouvelle fois sur les conséquences du dérèglement climatique dans les établissements scolaires. Les épisodes de chaleur de plus en plus fréquents mettent en évidence l’inadaptation d’une grande partie du bâti scolaire. Les personnels et les élèves ont droit à des conditions de travail et d’étude respectueuses de leur santé et de leur sécurité. A ce titre, les directives des instances du rectorat et des DSDEN n’étaient pas suffisamment claires et adaptées. Nous demandons dans l’immédiat, et avant que les travaux nécessaires soient engagés, que des protocoles soient établies dans chaque établissement pour ces périodes. Les élèves de bac professionnels ont passé leurs épreuves dans des conditions indignes : le nombre de passage en infirmerie pour malaise, saignements ou maux de tête montre l’impréparation total de notre administration face à cette question.
Dans les lycées professionnels, la généralisation des corrections dématérialisées continue de susciter de nombreuses interrogations. Les disparités constatées entre académies posent un problème d’égalité de traitement et la charge de travail supplémentaire imposée aux personnels doit être pleinement reconnue.
Nous réaffirmons également notre soutien aux AED qui se sont récemment mobilisés contre la précarité de leur situation. Dans l’académie de Créteil, nous avions salué la création annoncée d’un guide académique des AED ; nous nous étonnons qu’il ne soit toujours pas publié. Nous demandons également la publication de la grille de rémunération académique afin de garantir davantage de transparence et d’équité.
La même exigence vaut pour les AESH. La CGT Éduc’action Créteil continue de revendiquer la création d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B. Les missions exercées par les AESH sont indispensables et pérennes ; rien ne justifie leur maintien dans la précarité. Les pistes actuellement envisagées par le ministère sont très éloignées des attentes légitimes des personnels. Le mois dernier l’AN a rejeté la généralisation à tout le territoire des Poles d’Appuis à la Scolarité. Pourtant le Ministre avance tête baissée sans moyens pour les imposer. La création des PAS, dispositif devant se substituer aux PIALs, PIALs que nous dénoncions déjà, aura notamment pour conséquence d’augmenter une nouvelle fois le nombre d’établissements scolaires sur lesquels nos collègues AESH pourraient intervenir, le nombre d’élèves aussi, dégradant toujours plus des conditions de travail déjà des plus précaires. Elles étaient près d’une centaine mardi dernier en grève devant la DSDEN à Melun pour dénoncer ces PAS et leurs avenants des plus anxiogènes.
Enfin, nous ne pouvons ignorer les difficultés persistantes de recrutement, les postes non pourvus, le recours massif aux personnels contractuels, la dégradation des conditions de travail et l’épuisement croissant des équipes. Les réponses apportées à ce jour ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il n’est pas admissible que les collègues les plus précaires soient les victimes de politique d’austérité : en cette période, l’absence de renouvellements des contacts génèrent beaucoup de stress et d’attente. Pour cela la Cgt Educ action revendique la titularisation de tous les contractuels sans condition de concours ni de nationalité et à moyen terme des contrats de 3 ans.
Enfin, nous souhaitons évoquer plusieurs situations particulières :
– Nous souhaitons tout d’abord apporter notre soutien aux personnels, aux élèves et aux familles de l’école Nanteuil à Montreuil, victimes ces derniers jours d’une campagne de désinformation orchestrée par l’extrême droite à partir d’un extrait tronqué d’un spectacle scolaire. Cette instrumentalisation a exposé des enfants, des familles et des personnels à des menaces et des pressions inacceptables. Nous saluons la réaction exemplaire de la communauté éducative et nous exigeons que les collègues concernés bénéficient de la protection et du soutien sans faille de l’institution.
– « Poursuivre l’engagement vers une gestion des ressources humaines plus qualitative » est un des objectifs de la feuille de route RH 2025-2028. Objectif des plus louables, malheureusement nous revient une situation des plus alarmantes quant à la réalité de l’accompagnement des personnels que nous tenons à porter à votre connaissance ce jour faute de réponse de vos services à notre mail du 19 mai 2026. 2 Octobre 2025, dans un lycée de Meaux une de nos collègues, enceinte de six mois, a été agressée physiquement par une élève, s’en est suivi sur les réseaux une campagne de dénigrement à son encontre des plus difficiles pour elle. L’accident de service a bien évidemment été reconnu et la protection fonctionnelle accordée. Dépôt de plaintes et procès à venir, notre collègue a du s’attacher les services d’une avocate. La réponse de vos services à la demande de prise en charge légitime de ces frais nous est insupportable : alors que les frais d’avocat s’élèveraient à près de 7200 euros, vos services ne pourraient en prendre en charge que 2000 soit un préjudice financier de plus 5000 euros ! Nous vous demandons d’intervenir au plus vite afin de trouver une issue apaisante et rassurante pour notre collègue.
– La situation du collège Barbusse de Saint-Denis, après des années d’alertes et de signalements , y compris par la grève, de la part de l’équipe enseignante et des élus à la FS concernant le management toxique de la chef d’établissement, une collègue stagiaire a tenté de mettre fin à ses jours jeudi dernier. Nous demandons la mise en place au plus vite d’une enquête accident de travail.
La CGT Éduc’action Créteil continuera d’agir aux côtés des personnels pour défendre leurs droits, améliorer leurs conditions de travail et porter l’exigence d’un service public d’éducation ambitieux, égalitaire et émancipateur.
Je vous remercie de votre attention.
