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note de synthèse de la CGT Educ’action sur l’Éducation prioritaire

jeudi 10 octobre 2013

Ce rapport est le « diagnostic » qui doit servir de bases aux discussions lors des Assises de l’éducation prioritaire à l’automne 2013.

Le rapport part d’un constat (historique, publics et territoires concernés, dispositifs…), d’une étude des objectifs de l’Education Prioritaire (EP), d’un questionnement sur son efficacité, son pilotage, les moyens alloués, afin d’établir des leviers d’action.

Si nous pouvons être d’accord avec certains éléments du bilan, il en va autrement des conclusions qu’en tirent les rapporteurs, le plus souvent en creux.

1. Le bilan

Pour les rapporteurs, la politique de l’EP doit être maintenue au vu de l’impact des difficultés sociales sur la réussite scolaire.
Le bilan des difficultés de ces établissements fait ressortir plusieurs éléments : public homogène, enseignants jeunes et pas toujours volontaires, contournement de la carte scolaire via des établissements socialement mixtes ou le privé.

Commentaire CGT Educ’action :Malheureusement, la question de la carte scolaire et de la concurrence avec le privé n’apparaît plus dans les leviers d’action proposés !

L’EP est cependant présentée comme peu cohérente, sans ligne directrice réelle depuis 30 ans si ce n’est l’augmentation du nombre d’établissements ou d’écoles dans le dispositif (pour atteindre 20 % des élèves aujourd’hui), sans remise en cause régulière de la carte de l’EP.
De même, le rapport pointe la différence entre les réseaux urbains et les réseaux ruraux.
Le budget consacré à l’EP est présenté comme important (1,1 milliard d’euros soit 1,8 % du budget total), mais insuffisant d’après la Cour des comptes et l’OCDE.
Enfin, si le rapport montre la difficulté à juger de l’efficacité des dispositifs (ceux-ci variant trop suivant les réseaux, les années, les changements de lignes ministérielles..), s’il admet une montée des difficultés sociales dans les quartiers les plus défavorisés, il met en avant des résultats de l’EP globalement décevants et inégaux suivant les niveaux, académies et réseaux. Les résultats sont considérés dans le rapport comme stables en primaire et en baisse significative en français et en maths dans les collèges ECLAIR

Commentaire CGT Educ’action : Les indicateurs laissent à désirer : maitrise des compétences de bases en français et maths, en CM2 et 3éme, d’autres la lecture en CM1, l’orientation en fin de 3éme….
Pour proposer leurs leviers d’action, il est à noter que les rapporteurs ne se sont rendus que dans les réseaux qui donnent de bons résultats, ce qui apparait comme un sacré biais en termes de méthodologie.
Si les leviers proposés ne constituent pas toujours des propositions concrètes de réforme, la lecture de l’ensemble du document permet d’en prévoir les contours.

2. Les objectifs de l’EP

Sur les objectifs de l’EP, nous pouvons avoir des points d’accord, notamment sur l’objectif prioritaire de réduction des écarts de réussite scolaire entre les établissements. On trouve dans le rapport des choses intéressantes notamment le rejet des politiques d’ « égalité des chances », portées par des logiques d’individualisation, « plus centrée sur les parcours scolaires que sur les résultats », mises en place depuis 2008, ainsi que le refus de la confusion entretenue avec les dispositifs de réussite éducative (internat d’excellence…) qui ne relèvent pas de l’EP.

3. Les moyens

Pour ce qui est du périmètre, le rapport souligne que le nombre d’établissement et écoles intégrés à l’EP n’a cessé de croitre depuis 30 ans. Ainsi, pour les rédacteurs, l’ensemble des établissements difficiles sont bien inscrits dans l’EP (oubliant ainsi allègrement que seuls 2% des lycées sont en EP). Parallèlement, l’OCDE estime que 0.13% du PIB doit être consacré à l’EP, soit plus du double de ce qui se fait actuellement.
Les rapporteurs remarquent alors qu’en divisant par deux le nombre d’élèves dépendant de l’EP, on multiplierait par deux les moyens consacrés à ceux qui y resteraient.

Commentaire CGT Educ’action : Il est ainsi clair que la réforme se fera à moyen constant et que la carte de l’EP devra être resserrée. Le rapport souligne d’ailleurs que la politique de l’EP devra se focaliser avant tout sur la maternelle et le primaire, et dans une moindre mesure sur les collèges (au prétexte que tout se joue en maternelle et en primaire). Les lycées ne sont jamais abordés dans le rapport (« car ils ne dépendent pas du socle »).

Il apparait que les établissements sous la moyenne nationale de 40% de catégories défavorisées et 30% de boursiers n’auraient plus vocation à faire partie de l’EP. De plus, le rapport parle de progressivité possible des moyens alloués en fonction de l’écart avec ces moyennes.

En ce qui concerne la nature des moyens, il y a, là encore, un problème. Un des sous-titre veut tout dire : « des moyens concentrés sur l’encadrement des élèves : leur apport à la réussite scolaire n’apparait pas clairement ».
Le rapport explique que les études sur l’impact de la baisse du nombre d’élèves par classe sont contradictoires.

Commentaire CGT Educ’action Les auteurs ne citent que celles allant dans le même sens, celui qui montre que l’impact est faible.

En premier lieu, le rapport note que l’écart dans le primaire entre les effectifs en EP et hors EP n’est en moyenne que de moins de 2 élèves.
Commentaire CGT Educ’action Il serait bon de comparer entre mêmes types d’écoles (rurales ou urbaines).

Pour les rapporteurs, seule une baisse massive des effectifs par classe produirait éventuellement des effets (pour eux, une baisse de 3 ou 4 élèves en collège est faible, donc, 23 élèves ou 27, c’est pareil !). Mais ils citent une étude sur des classes de CP à 10, pointant l’échec du dispositif : entre 10 et 22, il y a une marge, et effectivement, il est difficile de créer une dynamique de classe avec 10 élèves.

Commentaire CGT Educ’action Il semble donc clair que la baisse des effectifs par classe n’est pas souhaitée, mais que les moyens iront plutôt vers d’autres dispositifs.

4. La pédagogie

Le rapport rappelle que les attentes des élèves de l’EP, comme des parents, est d’avoir une vraie école et un vrai enseignement.

Les objectifs de travail sont :
• Permettre l’estime de soi des élèves
• Le travail de la langue écrite et orale
• L’entrée dans la culture (avec la nécessité de « connaître la culture des élèves et des parents » sic)

Le rapport insiste sur l’articulation « pédagogique » (« savoirs et savoirs faire ») et « éducatif » (« savoirs être »). Il estime que les deux ne sont pas suffisamment liés dans notre système et estime que l’existence de la vie scolaire, dans le second degré, fige la distinction et que le partage des taches dans l’EP doit être repensé. Il partage à ce sujet les conclusions de l’Inspection Générale (IG) sur la « réussite » des préfets des études (dont il faudrait peut-être changer le nom d’après l’IG).

En ce qui concerne les pratiques éducatives, les perspectives sont :
• Une école bienveillante, avec une « conception de l’évaluation centrée sur les progrès liés au travail personnel et à l’engagement »
• Une école sécurisée (par de bonnes relations avec les parents, et une périphrase sur les « partenaires qui sont à même de contribuer à la sécurité des personnes et des biens dans l’école, à ses abords, et sur les trajets des personnels et des élèves » !)
• Une intégration des parents (à mettre en lien avec la notion d’aide à la parentalité de la circulaire de rentrée)
• La volonté de voir que tout élève est « éducable » (action partagée avec les parents et « d’autres partenaires »)
• Une politique d’orientation réduisant le redoublement, présentant les formations et métiers tout en encourageant le passage par des voies qui ne réduisent pas les élèves « à la reproduction de leur origine sociale ».

Au niveau pédagogique, le rapport souligne l’importance de la maternelle (avec « la prise en charge de l’outillage cognitif grâce à un travail spécifique sur l’oral, la catégorisation, la compréhension et la construction du nombre ») et notamment de l’accueil des moins de 3 ans en EP.
Globalement, il s’agit de se recentrer autour des « fondamentaux » (oral, maitrise de la lecture et de l’écrit : ce qui explique l’idée de focaliser les moyens sur l’école), avec un enseignement « centré sur les apprentissages scolaires » ainsi que sur le « socle » et les « compétences fondamentales ».

Pour ce qui est des pratiques, il y des choses très intéressantes, sur la nécessité du travail collectif des enseignants (Commentaire CGT Educ’action : mais attention, le rôle du préfet des études est mis en valeur), le travail interdisciplinaire, le refus des groupes homogènes mais l’idée de groupes de besoins délimités sur des temps courts. Le rapport porte également l’idée de donner des moyens pour la co-intervention et la politique de « plus de maitres que de classes » (Commentaire CGT Educ’action : mais en la mettant plus ou moins en opposition avec la baisse des effectifs par classe) et propose une réflexion sur le développement du temps de concertation et de son intégration dans les services.

En revanche, rien n’est dit sur la pédagogie de projet. La volonté de « privilégier le temps consacré à l’apprentissage » peut apparaître comme la réaffirmation que l’EP n’est pas là pour être une autre école pour d’autres élèves, mais, la remise en cause de la surcharge des « expérimentations » (c’est vrai que l’EP ne doit pas toujours être un laboratoire), des « dangers d’un activisme occupationnel », peut également être interprétée comme une vision un rien réactionnaire.

5. Le pilotage et les personnels

Le rapport insiste sur le lien entre l’EP et la politique de la ville, soulignant que le zonage ville épouse à peu près correctement la carte de l’EP (Commentaire CGT Educ’action sauf pour les Lycées Professionnels, mais comme les lycées ne sont pas pris en compte…).
Il insiste ainsi sur la nécessité des liens avec les autres institutions (municipalités et départements, police), associations (périscolaire, aide aux devoirs, parents d’élèves…) via des partenariats.
Le rapport estime que le cadrage national n’est pas clair, avec un pilotage déconcentré hétérogène. Pour les rapporteurs, le cadrage national doit en fait consister à aider à l’autonomie des équipes, avec la mise en place d’une « contractualisation spécifique qui porte sur les objectifs et les moyens » et associer les collectivités locales.

Le rapport met également en avant le leadership et souligne l’importance des Chefs d’Etablissement (CE), directeurs, IEN, IPR, coordonnateurs, préfets des études. Le rôle « décisif » du CE est avancé pour créer un projet et une culture d’établissement.

Pour ce qui est des personnels, le rapport note sans surprise l’inexpérience et la difficulté de stabiliser les équipes. Il souligne également les difficultés des « ancien bons élèves » à comprendre que l’élève ne comprend pas (et pointe l’absence de formation pratique des enseignants).

Les politiques mises en place pour améliorer l’attractivité de l’EP sont questionnées.
La politique indemnitaire est considérée comme inefficace, voire contre-productive pour les rapporteurs, car un frein à la sortie des établissements du dispositif : il est noté toutefois qu’elle est vécue comme une juste récompense de la difficulté du travail en EP et donc difficile à remettre en cause.

Commentaire CGT Educ’action : Notons cependant que les assistant-es d’éducation continuent d’être exclus de cette indemnité et que le rapport ne dit rien là-dessus.

Les points APV ont permis une diminution du turn over mais il est souligné que la baisse du nombre de postes et la difficulté à muter qui en a découlé peut aussi en être une explication (pour l’anecdote, il est question des « personnes qui ont retardé leur départ en retraite » !)
Le mouvement ECLAIR est pointé comme « un effet d’aubaine » pour le mouvement inter, mais a permis de maintenir des personnels volontaires (non titulaires donc car il est parfois « préférable de renommer un contractuel en ECLAIR en IDF ») en dehors des « rigidités habituelles ».

La question des postes à profil « avec des tâches spécifiques », le « volontariat éclairé par des descriptifs » se pose donc pour les rapporteurs.

Commentaire CGT Educ’action Bonne nouvelle, le rapport insiste sur l’accueil des derniers arrivés (notamment au niveau du logement), sur la formation continue des collègues (mais parle de coaching et de plateforme) et sur l’aide aux personnels en difficultés, cependant il insiste sur le rôle central de la hiérarchie (CE et inspection).

Le rapport pointe aussi du doigt l’absentéisme dans le second degré en EP (+12%) et affirme la nécessité de garantir le temps d’enseignement et propose une « souplesse d’utilisation des horaires et des HS par les équipes enseignantes » qui « doit permettre tant sur l’année que sur la semaine de disposer de marge de manœuvre en fonction des besoins des élèves et afin de construire des temps utiles de concertation ». Bref, l’auto remplacement et l’annualisation des horaires.

Commentaire CGT Educ’action :
En conclusion, on retrouve pas mal de chose avec lesquels on peut être d’accord, que ce soit sur le diagnostic que sur la critique de l’individualisation et de la confusion entre EP et accompagnement éducatif depuis 2008.

Nous pouvons également être d’accord sur certaines pistes pédagogiques, travail en équipe, interdisciplinarité, temps de concertation, co-intervention, plus de maîtres que de classes, moins de 3 ans, ainsi que sur l’importance de la formation continue des collègues et de l’accueil des nouveaux…

En revanche, sans surprise, le socle demeure central (en même temps, il est fait pour ces élèves) et les considérations globales sur la pédagogie et l’éducatif demeurent dans l’esprit de la loi Peillon.

Plus grave, la question des moyens est en totale opposition avec nos revendications et il s’agit d’une réflexion à budget constant. Un grand nombre d’établissements et d’écoles risquent de sortir du dispositif, les lycées sont rayés de l’EP, l’importance des effectifs par classe est volontairement minorée.

Sur le pilotage, c’est pire, on a l’impression d’une volonté de faire de l’EP le laboratoire de la politique de libéralisation et de déréglementation que nous dénonçons : contractualisation, autonomie, CE chefs d’entreprise choisissant les équipes avec les postes à profil, horaires flexibilisés et annualisés.