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Printemps des luttes pour les Services Publics (20 juin 2009)

Compte-rendu

samedi 20 juin 2009

Le rassemblement, réunissant 200 personnes sur la journée, qui s’est tenu à la rotonde de Stalingrad, a été l’occasion de débats sur les luttes pour les Services Publics. Ce rassemblement était à l’appel de syndicats (CGT, FSU et Solidaires), de partis politiques (PS, PCF, Le Verts et NPA) et d’associations (dont la FCPE). Cette initiative unitaire doit être le prélude à des initiatives plus importantes permettant de déboucher sur une lutte victorieuse pour défendre et développer les Services Publics.
L’un des 4 débats avait pour thème l’Education. La CGT-Educ’action est intervenue à l’occasion de ce débat.



Intervention de Matthieu Brabant, pour la CGT-Educ’action Ile-de-France

Le Service Public est notre richesse. C’est le titre d’une pétition unitaire qui date maintenant d’un an. Cette pétition commençait en notant que 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Aujourd’hui, alors que la crise percute d’abord les populations les plus en difficulté, il est nécessaire de défendre et de développer cette richesse que sont les Services Publics. Avec les licenciements qui se multiplient, alors que les attaques se poursuivent contre les Services Publics, ce sont les salariés et la population qui payent la crise, alors que les actionnaires voient leurs profits augmenter.
Force est de constater que l’Education Nationale a été un terrain de chasse apprécié par le gouvernement, et force est de constater que le Service Public d’Education n’en est pas sorti grandit et en capacité de répondre aux besoins d’éducation et d’émancipation des jeunes.

Il serait fastidieux, tant les attaques sont d’ampleur, de faire la liste des « réformes » dans l’Education Nationale. Je m’arrêterai rapidement tout à l’heure sur deux de ces « réformes » qui illustrent à notre sens la logique de casse du Service Public d’Education : la réforme du recrutement et de la formation des enseignants et la réforme de la voie professionnelle.

La « réforme » du recrutement et de la formation des enseignants, dite réforme de la mastérisation. Elle vise à recruter les futurs enseignants au niveau bac + 5 contre bac + 3 aujourd’hui, et commencera à se mettre en place dès l’année prochaine. Pour la CGT-Educ’action, il n’est pas question d’accepter une mastérisation des concours, facteur d’injustices sociales, qui imposera aux étudiants issus de milieux modestes deux années d’études supplémentaires sans réels moyens pour vivre avec, au mieux, une rémunération dérisoire. Nous défendons l’idée d’un concours en fin de licence, avec une formation en deux ans, payée comme fonctionnaire stagiaire et débouchant sur un master.

L’exemple du corps des Professeurs des Lycées Professionnels montre bien les travers de la mise en place précipitée de cette réforme. Cette réforme contribuera à dégrader le contenu professionnel de cette voie de formation. Dès aujourd’hui, le ministère de l’Éducation a des difficultés à recruter des professeurs en nombre suffisant dans certaines disciplines professionnelles. Cela se traduit notamment par un pourcentage de personnels précaires exerçant dans les lycées professionnels très supérieur à celui des personnels précaires travaillant en lycée ou collège. La non-reconnaissance des formations de niveau V (CAP-BEP) et la condition d’un master vont éliminer de nombreux candidats. Dans certaines disciplines, il n’existe toujours pas de diplôme de niveau IV (Bac). Cette mesure contribuera inutilement à réduire un peu plus le vivier de recrutement. Tout cela participera donc à la dégradation de la voie professionnelle et à donc à la dégradation du Service Public d’Education.

La « réforme » de la voie professionnelle du lycée, prélude à la « réforme » des voies technologique et générale, consiste, dès septembre 2009, à supprimer les BEP et à généraliser le bac pro en 3 ans (contre 4 actuellement, deux ans de BEP et deux ans de bac pro). Le but est de récupérer des postes dans les Lycées Professionnels (au moins 12 000) et entrainera une disparition de certaines filières ainsi que la déprofessionnalisation du bac pro. L’imposition précipitée d’une fausse épreuve de rattrapage (un oral de 20 minutes, non disciplinaire, ayant la même valeur que tout le reste), démontre l’objectif économique de la réforme. La diminution drastique des enseignements d’arts appliqués démontre la logique de cette « réforme » n’est pas celle des Services Publics.

La CGT-Educ’action aurait pu s’engager dans une discussion sur une réforme qui tout en permettant à certains élèves d’accéder au bac pro en 3 ans permettait de préserver les cursus en 4 ans avec le maintien des BEP. Nous défendons l’idée de proposer une offre de formation large, sur les trois voies du lycée, sans hiérarchie des voies, avec des passerelles entre les 3 voies.
Loin d’améliorer les situations vécues par les uns et les autres, les orientations prises risquent de fragiliser davantage l’enseignement professionnel, ses élèves et ses personnels.

Ces deux attaques ont donné lieu à des mouvements des personnels pour s’y opposer.

Concernant la mastérisation, la mobilisation a été forte au niveau du supérieur. Malheureusement, il n’a pas été possible de faire plier le gouvernement qui a fait passer ses décrets entérinant la réforme. Il n’a pas été possible de réellement généraliser la mobilisation au-delà du supérieur, et des IUFM, rendant impossible l’émergence d’un rapport de force.

De même, concernant la généralisation du bac pro en 3 ans, des mouvements ont commencé un peu partout en France dès novembre 2007. Aujourd’hui encore, de manière plus confidentielle malheureusement, des enseignants sont mobilisés, que ce soit contre la casse des arts appliqués ou contre le faux rattrapage. La grève nationale dans la voie professionnelle du 24 mars 2009 n’a pas permis d’entrainer suffisamment de lycées professionnels dans la rue pour espérer entrainer les personnels et les lycéens des voies générale et technologique.

Sans doute que la stratégie des luttes au niveau interprofessionnelle a fortement pesé.

Néanmoins, il est encore possible de faire reculer le gouvernement. Des initiatives comme celle d’aujourd’hui démontrent qu’il est possible de créer des convergences pour ensemble, dans l’unité, proposer des initiatives communes. Il est donc nécessaire de continuer sur cette voie pour imposer une convergence des luttes pour défendre les Services Publics. Ce n’est pas facile, mais les récente mobilisations et grèves montrent que les salariés sont disponibles pour l’action. A nous de proposer une stratégie des luttes efficace et débouchant sur la satisfaction de nos revendications.


Par ailleurs, Hocine Ali Benali, professeur d’arts appliqués, syndiqué à la CGT-Educ’action 94, est intervenu dans le débat pour informer sur la lutte du collectif de défense des arts appliqués et pour appeler à la convergence des luttes contre la réforme du bac pro en 3 ans.

Birgit Hilpert, de la CGT Petite Enfance 75, est intervenue pour rappeler la lutte, à laquelle participe la CGT-Educ’action, pour défendre l’Education Nationale de « la crèche à l’université ».

Enfin, Hélène Peytavi, de la CGT de l’administration centrale du Ministère de l’Education Nationale (SGPEN Ac), est revenue sur la table ronde sur l’évaluation du 9 juin 2009 commune à l’UGFF, la FERC, le SGPEN Ac et la CGT-Educ’action.