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Lycée : le retour d’une réforme repoussée !

mercredi 18 novembre 2009

Le ministère a présenté, hier, aux organisations exclues des négociations sur la réforme du lycée (CGT Educ’action, FO, SUD), le document final transmis, pour arbitrage, à L. Chatel. En préalable, nous avons rappelé conjointement la nécessité qu’un véritable dialogue social soit ouvert à tous les syndicats.

La CGT Educ’action, au vu du projet présenté et des éclairages demandés lors de l’audience, qualifie la réforme en cours d’inacceptable et dangereuse, à la fois pour les lycéens et les personnels.
Fondée, en effet, sur une autonomie locale "à tout va", l’égalité d’accès et de traitement est malmenée : globalisation des horaires, semestrialisation ou annualisation des enseignements et des services enseignants, adaptation locale des moyens disciplinaires, contournement du Conseil d’Administration par un Conseil Pédagogique rendu tout puissant, transfert de la mission d’orientation aux enseignants, externalisation de la remédiation à la difficulté scolaire par des stages pendant les vacances…

On ne peut que constater une disparition progressive des repères nationaux communs à l’ensemble des lycéens. A terme, et bien que le ministère n’en dise mot -sans doute pour différer la colère lycéenne- c’est une mise en cause du diplôme national du baccalauréat. Le terme de "compétence à la mode européenne" est d’ailleurs employé, à l’envi, pour évaluer "savoirs académiques" et engagement associatif volontaires des jeunes.

La voie technologique est à peine évoquée, sa rénovation repoussée en 2011, alors que la nouvelle architecture de la seconde de détermination débuterait dès septembre 2010. Il semble difficile de prévoir ce que pourraient être les "volets d’exploration" technologiques adaptés pour orienter en STI, STL…

L’accompagnement personnalisé (2 h/élève/niveau) est construit sur le modèle de la réforme du bac pro. et constitue une véritable "usine à gaz" irréaliste et inadaptée aux besoins légitimes des lycéens.

La CGT Educ’action demande une expérimentation grandeur nature par L. Chatel, à partir d’un établissement de son choix, parmi ceux qu’il visite, qu’il bâtisse un projet prévoyant au plus tard en février, les moyens horaires nécessaires à la remédiation des besoins d’élèves scolarisés dans les classes en septembre 2010, qu’il en expérimente les conséquences sur les conditions de travail des personnels !
La CGT Educ’action prend le pari qu’il s’expose à une bonne grève !
C’est pourquoi elle appelle les personnels à se mobiliser dès le 24 novembre contre le retour du projet Darcos, acte II.

Montreuil, le 17 novembre 2009


Audience MEN réforme lycée 16 novembre 2009


Délégation syndicale : CGT (Brigitte Créteur, Patrick Désiré, Catherine Perret, Samuel Serre), SUD (1), FO (2)

Administration : M Allal (conseiller social du ministre), M Roser (IG de maths en charge de la réforme du lycée).

Introduction Allal : pour l’instant, nous vous présentons un diaporama reprenant les propositions issues du groupe de travail transmises par le cabinet, pour arbitrage, au ministre.

Déclaration liminaire intersyndicale :

La délégation des trois syndicats demande à participer comme les autres organisations syndicales aux prochains groupes de travail et non pas être seulement reçue à titre informatif dans une réunion parallèle.
Réponse de M Allal : Nous avons fait le choix de la représentativité par rapport aux personnels enseignant au lycée. De toute façon on est au terme de la discussion. Vous aurez le même niveau d’information que les autres organisations syndicales. Il va y avoir présentation de grilles horaires, conséquence de la nouvelle réforme.

Mesures proposées par le cabinet du ministre pour arbitrage du Ministre

1. Accompagnement personnalisé :

Il est prévu 2h (de la seconde à la terminale) incluses dans l’horaire élèves. Elles « s’appuient » sur les disciplines qui devront donc rendre des heures pour abonder les 2 heures prévues sans augmenter l’horaire global des lycéens ; Les grilles disciplinaires vont être modifiées nationalement pour donner les deux heures.
Contenu de l’accompagnement : il s’agira de perfectionnement, de méthodologie mais pas de face à face pédagogique. Les enseignants y consacreraient du temps pour le projet d’orientation des élèves (quid de la mission des Conseillers d’orientation psychologues). Cet accompagnement serait globalisé, réalisé par les enseignants à partir d’un projet par classe soumis au conseil pédagogique le chef d’EPLE se contentant d’en faire une synthèse présentée au CA. Il n’est pas précisé si tous les élèves seront concernés. Le projet prévoit une formation des enseignants dès 2010 pour l’accompagnement personnalisé.

Pour la CGT éduc’action, il s’agit bien d’une accélération de l’autonomie locale.

2. Orientation en seconde de détermination :

Deux enseignements d’exploration (à choisir parmi une liste de 10 disciplines non encore arrêtée) de 54 heures annuelles soit 1h30 hebdo ou 3h semestre- remplaceraient les enseignements de détermination actuels (3h /enseignement)

La LV2 serait intégrée dans le tronc commun. Les options facultatives existantes pourraient être maintenues mais sous la forme d’un enseignement annualisé (LV3, EPS, langues anciennes…)
Pour la CGT éduc’action c’est le retour des précédents projets (notamment Darcos) avec le recours à la semestrialisation et au risque d’annualisation des services enseignants…

Ajouté aux stages pendant les vacances, à la découverte du milieu professionnel grâce à une offre de stage durant l’année scolaire, c’est bien le brouillage des repères sur le temps de travail des personnels qui est programmé.

Le projet prévoit principalement en première une réorientation possible des élèves et c’est la justification officielle de la mise en place d’un tronc commun d’enseignements correspondant à 60% de l’horaire total (français, HG, EPS, ECJS, LV), les 40 % restant seraient constitués d’enseignements de spécialisation auquel on ajoute 2h d’accompagnement personnalisé, une heure de TPE et une option éventuelle.

3. Dédoublements

Il s’agit de globalisation des heures de dédoublement des disciplines à seuil (par exemple sciences physiques, sciences et vie de la terre, enseignements technologiques, ECJS) : le volant d’heures sera garanti mais pas défini depuis le ministère. Il sera réparti par l’équipe pédagogique, soumis au Conseil pédagogique puis présenté au CA, les contraintes de sécurité ou d’efficience pédagogique prévoyant des seuils de dédoublement à 24 sont clairement remis en cause : l’exemple est pris de la possibilité d’accueillir plus de lycéens sur les paillasses des salles de sciences, les dotations récentes par les collectivités régionales de 30 postes informatiques dans les nouvelles salles équipées sont aussi éclairantes…, quant à l’ECJS, quand il s’agira de choisir à moyen constant, entre un dédoublement portant contrainte de sécurité (TP,atelier) ou pratiques pédagogiques innovantes…
L’administration ajoute : « Le projet pédagogique arrêté pour utilisation de ces heures peut prévoir une utilisation dans un cadre autre qu’hebdomadaire. ».

A notre question : « Quelles conséquences sur l’Obligation Réglementaire de Service des enseignants ? », le ministère répond, pas de changement car les décrets de 1950 le permettent déjà.
Pour la CGT éduc’action, encore le fil conducteur de cette réforme : l’autonomie et ses dérives sur les services de plus en plus globalisés aboutissant à une annualisation larvée.

4. Rééquilibrage des séries

Le ministère insiste sur le maintien des séries et des 2 voies actuelles. Par contre, il est ajouté :« Dans la voie générale le tronc commun en classe de 1re permettra la constitution de classes réunissant les élèves de différentes séries en vue de l’acquisition d’une culture commune ou de la mis en place de groupes de compétences en langues. ».

Chacun perçoit l’importance des économies réalisées dans le contexte de la suppression d’un fonctionnaire sur deux.
Est à l’étude « le rapprochement des enseignements communs en 1re des voies générales et technologiques », il s’agirait de rapprochement en terme d’objectifs et non de mélange des publics ( ?).
Le niveau de maths en S serait relevé dès la 1re, par contre il disparaîtrait en L et ES.

L’enseignement (horaire : 4h et programme) d’histoire géo serait commun en L, ES et S.

En terminale L, serait introduit un enseignement des grands enjeux du monde contemporain (droit, international, société, commerce…) fourre tout, devant préparer à sciences politiques, pouvant être enseigné par différents enseignants ( ?)…

Le nouveau programme d’histoire géo en terminale L et ES serait plus tourné vers la préparation à l’enseignement supérieur (méthodologie)
En terminale S : il y aurait disparition de l’ Histoire Géo.
Toutes les séries devraient être des filières d’excellence avec des débouchés clairement identifiés : Ex pour L : Sciences Politique et droit…

L’avenir de la filière ES et de la particularité des sciences économiques et sociales semblent bien compromis, la CGT éduc’action partage les craintes de l’APSES et soutient ses actions de mobilisation.
Pour la CGT éduc’action, ces évolutions très importantes laissent présager une réforme d’ampleur de l’évaluation au baccalauréat. Le ministère évite évidemment d’aborder cette question !

Quelle réforme de la STI ?

L’avenir de la voie technologique apparaît de plus en plus incertain.
La DGESCO met en place un groupe technique de réflexion. Il aura du temps puisque c’est pour 2011…

5. Les langues

Les Horaires de LV I et LV II seront globalisées afin de faciliter l’enseignement par groupes de compétences qui seront mis en place de manière systématique durant toute la scolarité au lycée ; tout est possible en terme de regroupement, de niveaux de globalisation,d’annualisation. Les langues sont depuis plusieurs années des laboratoires d’expérimentation de déréglementation de l’organisation des conditions de travail (voir nos publications antérieures).

6. Soutien scolaire

Des stages de remise à niveau durant l’année scolaire ou les vacances afin d’éviter de redoubler seront généralisés ainsi que des stages de correction de trajectoire en 1re pour changer de série ou de voie.
Ces stages de deux semaines ne pourront être imposés aux élèves et seront assurés par les enseignants « volontaires ».
Le tutorat sera assuré par un enseignant, un prof documentaliste ou CPE volontaires. Chaque tuteur suivra le même petit groupe d’élèves de la seconde à la terminale. Il aura une rémunération indemnitaire…

7. La vie lycéenne

Il est envisagé de réécrire les textes sur les droits des lycéens, de mettre en place des formations pour les délégués. La place et le rôle des différents conseils seront redéfinis.

Le cadeau fait aux lycéens selon le ministère serait la valorisation de l’engagement volontaire associatif, au lycée comme à l’extérieur. Il s’agirait de reconnaître d’autres compétences que les compétences scolaires (engagement et bénévolat) qui seraient valorisés dans le bulletin scolaire ou au bac avec introduction d’une mention. (Ce serait abandonné pour ces derniers points).

Pour la CGT éduc’action, parler de compétences scolaires en lieu et place de la certification du diplôme national est déjà une atteinte à la reconnaissance des qualifications et classifications, quant à l’évaluation de l’engagement associatif, nombre de problèmes sont posés en terme de définition de ce qui doit être considéré comme un bon engagement (syndicalisme lycéen ?), en terme de neutralité ou de laïcité au sein d’une établissement scolaire…


8. Architecture de la classe de seconde

Aujourd ‘hui :

Un tronc commun à 25h30 (LV II incluse) + enseignements de détermination 3h + option facultative 3h + aide individualisée 1h

Demain :

Tronc commun 23h30 + enseignement d’exploration 2 * 54 h +accompagnement personnalisé 2 h + option facultative 3h


9. Architecture de la classe de première

15h d’enseignement commun (Français, LV, HG, EPS, ECJS)
+ 2h accompagnement personnalisé
+ Enseignement de spécialisation (L 8h30, ES 9h30, S 10h)

Au total si tout passe c’est l’architecture et les finalités du lycée qui sont mises en place. Cette réforme, si elle passe, fera du lycée une véritable usine à gaz.
Economies, autonomie, annualisation => tout est dedans !

Bref au secours la réforme Darcos revient par la fenêtre !