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Intégration des Handicapés : ne pas faire n’importe quoi !

G Vautrin, PLP structures métalliques, accueille des handicapés en intégration… Questions/réponses

lundi 8 octobre 2007

Depuis la loi de 2005 et la campagne présidentielle, l’intégration des handicapés est d’actualité
Des élèves handicapés auditifs ont été intégrés en atelier avec vos élèves de SEGPA… Vos impressions ?

J’ai déjà dispensé 24h d’enseignement cumulé à ces élèves, il ne s’agit plus d’impressions mais de constatations.
Tout d’abord, le terme de handicapé auditif est trop imprécis.
Les trois élèves qui ont été affectés dans mon atelier sont des élèves sourds-muets, ils sont accompagnés par un traducteur de la langue des signes.


Comment a été organisée l’intégration ?

On ne peut pas parler « d’organisation ». Ils ne sont pas intégrés en enseignement général. J’ai appris en juin 2007, que ces élèves sourds-muets seraient affectés en ateliers pour compléter les effectifs
Le premier jour de cours, j’ai vu arriver trois élèves sourds-muets dont on m’a donné les noms.
Je les ai installés aux cotés des quatre élèves de la SEGPA, l’effectif étant complet, j’ai commencé mon cours.


Vous n’avez eu ni informations ni directives ?

Non. Sinon de faire ma progression habituelle, qu’il n’y aurait rien de changé pour les élèves de SEGPA, les sourds s’intégrant grâce au traducteur.

Cela a été le cas ?

Bien évidement non ! Les personnes qui m’ont dit cela ont tenu le discours administratif-officiel lénifiant.
Les élèves de SEGPA ont été pénalisés.
Ces élèves sont en grand retard scolaire, ils ont une capacité d’effort limitée dans la durée et sont très instables.
Habituellement leurs six heures d’atelier sont réparties en deux séquences dans l’emploi du temps.
Cette année, à cause du coût du transport en taxi des élèves sourds-muets, les six heures ont été bloquées sur une journée le vendredi. Cela a aussi déséquilibré l’enseignement général.
L’emploi du temps des élèves SEGPA a été dégradé, on a constitué des groupes déséquilibrés, ils n’ont pas été respectés.

Malgré cela, dans les cours, cela se passe bien ?

C’est la question que tout le monde me pose et chacun attend une réponse positive.

Si la question est : les élèves sourds-muets ont-il été bien accueillis ?
La réponse est « oui ».

Si la question est : Avez-vous le sentiment de faire du bon travail ?
La réponse est indiscutablement « non ».

Pourtant on ne vous a pas fait changer le contenu de la formation que vous dispensez ?

L’objectif et le contenu n’ont pas changé mais le rythme de travail et la qualité du contact prof-élève, nœud de l’action d’enseignement, perd en efficacité.

Vous avez modifié votre manière d’être avec les élèves ?

Bien évidemment non ! Mais le groupe d’atelier n’a plus de dynamique.
L’attention de mes élèves de SEGPA a tendance à être détournée par la présence du traducteur (il a ma corpulence et bien que discret, il occupe un quart de l’espace devant le tableau. Ce n’est pas un médaillon en bas à droite de l’écran de la télé…). La relation avec mes élèves de SEGPA est moins stable.
Les élèves sourds-muets sont dans une bulle difficile à capter.
Ils ne me regardent quasiment jamais sinon ils ne peuvent suivre ce que je dis (c’est le traducteur qui est ma voix).
Je n’ai pas vraiment le temps de créer une relation avec les élèves sourd-muets.

« Pas le temps »… On a du mal à comprendre !

Cela ne m’étonne pas. Moi-même je n’avais pas imaginé à ce point, la difficulté de gestion de l’espace temps.

Parlons concrètement :

Demander aux élèves sourds-muets d’intervenir et poser des questions présente une difficulté pour le collègue qui ne peut traduire deux élèves à la fois.
Le premier sourd-muet fait des signes, le collègue traduit, je donne la réponse, le collègue traduit, si c’est mal compris, on reprend… et cela pour chaque élève.
Les échanges deviennent très longs…
Ce temps passé ne serait pas dérangeant si je n’avais que des sourds-muets, car tous les lecteurs de la langue des signes suivraient la conversation. Attendre la traduction pour comprendre et répondre ferait partie de mon travail.

Dans un groupe mélangé, les élèves entendant-parlants sont exclus de ce qui se déroule, ils ne travaillent plus et leur instabilité reprend le dessus, ils s’agitent…
Il me faut alors rompre le travail que je faisais avec les sourds-muets pour canaliser les entendant-parlants. C’est au tour des sourds-muets d’être exclus.

Vous dressez un bilan sévère !

Oui ! Mes cours ont un rythme haché.
Mon travail est saboté, j’escamote des éléments que je prenais le temps de développer.
Je suis à moins de 80% d’efficacité avec mes élèves de SEGPA et je suis incapable d’estimer l’efficacité auprès des élèves sourds-muets.
Cette intégration au chausse-pied, sur le fond, méprise les élèves (sourd et entendant) comme les parents.

Vous ne pouvez contester que l’intégration permette de créer des relations avec les autres élèves.

Pour les sourds-muets, c’est une pétition de principe que je conteste… En atelier, il n’y a pas de relation, les élèves n’ont pas de traducteur à leur disposition.

Les seuls contacts des élèves entre-eux consistent en une tape sur l’épaule au vestiaire ou à la récréation… Organiser des matchs de foot ou des centres de loisirs, aurait été plus efficace et n’aurait pas pénalisé leur formation.

Vous ne mâchez pas vos mots…

Fonctionnaire, je suis protégé, en fin de carrière et sans salaire au mérite. Nul besoin de faire profil bas, ni de plaire…

L’année prochaine vous refuserez ces élèves ?

La question ne se posera pas, les effectifs des élèves de SEGPA en atelier seront complets, il n’y aura pas de place pour les élèves sourds-muets… C’est une expérience sans lendemain.
On a gonflé les chiffres de l’intégration cette année, au mépris de la qualité de l’enseignement et des élèves.

Mais la loi de 2005 est à respecter ?

Oui, mais il faut le faire en professionnels donc en respectant tous les élèves. Il faut donner aux équipes la souplesse et les moyens de créer, au cas par cas, les configurations pédagogiques qu’ils estiment utiles.
A Champigny, nous avions proposé de créer un groupe d’atelier pour les sourds-muets. On proposait même d’en recevoir six ou sept (au lieu de trois), cela améliorait aussi la situation des élèves de la SEGPA, les 6 heures demandées ont été refusées…

Avez vous un autre commentaire ?

Elu CGT au CA du collège, j’ai posé la question des dispositions particulières à prendre en cas d’alarme incendie.
Un sourd qui tourne le dos à 1 mètre de vous ne vous entend pas et l’atelier mesure 150 m2… je n’ai pas de réponse.
Même pour la protection physique des élèves il n’y a pas de réflexion.


Lettre de monsieur le Principal di collège Saint-Exupéry d’Ormesson :

Réponse de Guy Vautrin :