Suite à plusieurs agressions au couteau survenues dans différents établissements entre février et avril 2025, la réponse du gouvernement ne s’est pas fait attendre : plutôt que d’interroger les causes profondes de ces drames, la Ministre de l’Éducation nationale et le Ministre de l’Intérieur ont décidé de renforcer les mesures sécuritaires. Désormais, des policiers sont autorisés à effectuer des fouilles de sacs aux abords des établissements scolaires. En parallèle, les cheffes d’établissement sont appelées à faire procéder à des contrôles visuels systématiques des sacs des élèves à chaque entrée. Face à des chef.fes d’établissements zélé.es qui demanderaient davantage qu’un simple contrôle visuel, nous rappelons ici que les AEd et les CPE ne sont en aucun cas habilité.es à de telles pratiques.
Non seulement cette réponse sécuritaire constitue une nouvelle atteinte aux libertés collectives, mais elle s’inscrit aussi dans une logique de déresponsabilisation de l’État. Les ministères délèguent ainsi, sans concertation, des tâches lourdes de conséquences vers les établissements, en faisant ruisseler les responsabilités de haut en bas. Ce sont d’abord les cheffes d’établissement qui se retrouvent en première ligne, puis les CPE, et enfin – comme trop souvent – les personnels les plus précaires : les AEd. Ce transfert de responsabilités expose les équipes éducatives, sans les former ni les protéger, tout en exonérant le Ministère de ses propres manquements.
Cette logique descendante trouve un écho inquiétant dans le dernier avis du Conseil supérieur des programmes (CSP), qui préconise un recentrage des missions des Conseilleres Principauxales d’Éducation autour du respect des règles et du maintien de l’ordre, notamment au collège. En d’autres termes, il s’agit d’un retour déguisé aux anciennes missions des surveillantes générauxales, reléguant au second plan la dimension éducative, d’accompagnement et de construction d’un climat scolaire apaisé qui fonde pourtant l’identité même du métier de CPE. Cette régression confirme la volonté du gouvernement de transformer les établissements scolaires en lieux de contrôle, et les personnels en agents du maintien de l’ordre au détriment de leur rôle pédagogique et humain.
Car le cœur du problème n’est pas traité : la détérioration alarmante de la santé mentale des jeunes, qui n’est plus prise en charge par des institutions médicales démantelées par des années d’austérité budgétaire. Le recours répété au 49.3 pour faire passer des lois sans débat démocratique a rendu possible des coupes claires dans les services publics, privant les établissements de personnels formés, disponibles et en bonne santé. Encore une fois, c’est à l’Éducation nationale que l’on demande de combler les failles, en confiant aux personnels des missions pour lesquelles elles et ils ne sont ni outillées ni mandatées.
En instaurant un climat de peur à partir de faits isolés, en installant des dispositifs sécuritaires à l’entrée de nos établissements, le gouvernement renforce une ambiance anxiogène et instable, qui ne fait que nourrir une rhétorique autoritaire de plus en plus assumée. Cette orientation politique, qui reprend à son compte les thèmes de l’extrême droite, s’inscrit dans la continuité des gouvernements successifs depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Réformes après réformes, toutes et tous les ministres de l’Éducation ont préféré les slogans autoritaires – comme le « rétablissement de l’autorité du maître » – aux réponses structurelles : redonner du sens aux apprentissages, alléger les effectifs par classe, investir dans les moyens humains et financiers, rénover les bâtiments scolaires, et surtout, prendre en charge la santé mentale des élèves.
En refusant de traiter les causes profondes, en réduisant l’école à un espace à sécuriser plutôt qu’à émanciper, le gouvernement s’éloigne chaque jour davantage des valeurs de la République. Accepter cette logique, c’est accepter la lente déconstruction de notre démocratie au profit d’un régime autoritaire voire néo-fasciste.
Nous refusons d’endosser des responsabilités qui ne sont pas les nôtres. Nous refusons de sacrifier nos valeurs sur l’autel d’une sécurité illusoire. Et nous continuerons à défendre une école publique, gratuite, inclusive, émancipatrice et véritablement protectrice de toutes et tous.
Restons vigilant.es et combatives / combatifs ✊ !
