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Les associations professionnelles opposées à la réforme du lycée

lundi 18 janvier 2010

La réforme du lycée : menaces sur une éducation de qualité pour tous les élèves

AEEPS, APEMU, APHG, APLV, APMEP, APSES, UDPCC, Lille 12 janvier 2010

La réforme du lycée : menaces sur une éducation de qualité pour tous les élèves.

Plusieurs associations disciplinaires d’enseignants du second degré se sont rencontrées récemment à Lille, et tiennent à faire part de leurs remarques critiques sur le projet de réforme du lycée porté par le ministre de l’Education Nationale, Luc Chatel.

Une réforme du lycée est certes nécessaire, mais celle qui est « proposée » nous paraît éminemment dangereuse pour l’avenir des élèves, et ce pour plusieurs raisons :

Une baisse annoncée de la qualité de la formation des élèves : Dans la plupart des disciplines, le projet de réforme aboutit à une diminution des horaires de cours. Cela implique nécessairement une baisse des connaissances et des savoir-faire que les lycéens pourront acquérir au cours de leur scolarité. Est-ce ainsi que l’on améliore la formation des futurs citoyens ?

Une réforme des structures qui oublie les contenus : Dans le projet, il n’y a pas de réflexion globale sur les programmes de chaque discipline, de chaque série : le ministère semble avoir pour seul but de diminuer les horaires, sans jamais s’interroger sur les objectifs du lycée, sur les savoirs et savoir-faire qui doivent y être transmis, sur la formation que les jeunes doivent recevoir. Peut-on réformer le lycée en ignorant ces questions essentielles ?

Des séries générales affaiblies dans leur spécificité : Une série littéraire plus « linguistique » ? Les Langues Vivantes voient leur horaire diminuer en L. Une série ES renforcée ? Les SES voient leur horaire diminuer. Une série S plus scientifique ? Les disciplines scientifiques voient leur horaire diminuer. Quelle est la logique pédagogique de ces mesures ?

Une accentuation de l’élitisme des structures du lycée : Contrairement à l’annonce d’un rééquilibrage des séries, la réforme va accentuer la hiérarchie implicite entre celles-ci. La disparition des Mathématiques en série L affaiblit cette dernière ; la série ES est affaiblie dans sa spécificité (SES) et sa diversité (suppression de la spécialité LV) ; la série S est censée être plus « scientifique », mais les disciplines scientifiques voient leur horaire diminuer, et au final la série S apparaît toujours comme la série la plus généraliste (voire la seule) : ceci ne peut manquer d’attirer toujours plus d’élèves en S, d’autant que le principe des « sas » rendra ce choix d’orientation encore plus attractif. Quel rééquilibrage ? Quelle amélioration de l’orientation des élèves ?

Une voie technologique ignorée : Les annonces gouvernementales n’évoquent que le lycée général. Les séries STI et STL sont annoncées comme devant être réformées selon des modalités comparables à ce qu’ont déjà connu les séries STG et STSS. Ces deux dernières séries ne sont pas évoquées. De même, les lycées agricoles sont ignorés dans la réflexion ministérielle.

Un lycée moins démocratique dans son fonctionnement : Le rôle pédagogique accru du proviseur et du « conseil pédagogique » débouche sur un lycée plus inégalitaire et moins démocratique. Inégalitaire, parce que l’adaptation locale des horaires signifie des horaires différents d’un lycée à l’autre, les lycées étant en concurrence les uns avec les autres. Moins démocratique, parce que cette réforme déboucherait sur une mise en concurrence généralisée des disciplines au sein d’un même établissement, avec un proviseur imposant finalement ses volontés.

Quel baccalauréat ? Officiellement le bac n’est pas concerné par cette réforme. Cependant, avec les groupes de compétences en langues vivantes, et, plus largement, des horaires qui changent d’un établissement à l’autre, comment conserver un examen national ?

Les errements de la réforme des universités transférés au lycée : Le projet Châtel mettrait en place des « sas de réorientation ». A l’université, la « possibilité » de changer de cursus en cours d’année ne résout pas les problèmes des étudiants les plus fragiles, pour qui les difficultés entraînent trop souvent l’abandon des études. « Changer de voie » en cas de difficulté n’est qu’un pis-aller. Ce dont les élèves et étudiants ont besoin, c’est d’être mieux encadrés.

Pour toutes ces raisons, les associations disciplinaires de l’académie de Lille ci-dessous rejettent le projet de réforme du lycée proposé par Luc Chatel. Elles en demandent le retrait et l’ouverture d’une réelle réflexion de fond sur les pistes à suivre pour améliorer le lycée.

Elles tiendront une conférence de presse le mercredi 20 janvier, à 14h, au Café Citoyen (Lille, Place du Vieux Marché aux Chevaux)

Contacts :

- Association des enseignants d’éducation physique et sportive (AEEPS) : Fabrice Paindavoine, fabrice.paindavoine@aeeps.org

- Association des professeurs d’éducation musicale (APEMU) : Marie-Françoise Quinet, mfquinet@dbmail.com

- Association des professeurs d’histoire-géographie (APHG) : François da Rocha Carneiro, darochajm@gmail.com

- Association des professeurs de langue vivante (APLV) : Sylvestre Vanuxem, sylvestre.vanuxem@free.fr

- Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP) : Dominique Cambrésy, dcambresy@neuf.fr

- Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES) : Romain Gény, 06 42 25 15 65, romain.geny@club-internet.fr

- Union des professeurs de physique et de chimie (UDPPC) : Jean-Christophe Nazé : [pa_lille@udppc.asso.fr]


Communiqué de presse de l’APSES du 11 janvier 2010 : Septembre 2010, des SES amputées et dénaturées par des programmes bâclés ?

Malgré les 9 000 signatures à l’appel lancé par l’APSES pour une généralisation de cet enseignement à l’ensemble des élèves de seconde, malgré le soutien massif de la communauté universitaire et scientifique en économie, sociologie, anthropologie et science politique à cet appel (plus de 900 signataires), malgré les tribunes et les soutiens publics de personnalités aussi reconnues que Philippe Meirieu, Daniel Cohen, Christian Baudelot, Pierre Rosanvallon, Françoise Héritier, Nonna Mayer, malgré la manifestation organisée à Paris par l’APSES qui a réuni, le 2 décembre, près de 20 % des enseignants de SES, le ministre fait la sourde oreille et feint d’ignorer les incohérences de sa réforme pour les Sciences Economiques et Sociales.

Rappelons que cet enseignement paie, plus que d’autres, le prix fort de cette réforme. En seconde, alors que la nécessité de recourir à des raisonnements économiques et sociologiques rigoureux est plus que jamais nécessaire pour décrypter l’actualité, l’enseignement de SES est mis en concurrence avec un enseignement de « Principes de l’économie et de la gestion » et relégué à un statut d’ « enseignement d’exploration » d’une heure et demie par semaine. Dans le cycle terminal, alors même que le rapport de Richard Descoings affirmait que la série ES « semble avoir trouvé un point d’équilibre entre les différentes disciplines », cette série est déstabilisée par une diminution importante des horaires de l’enseignement spécifique à cette série (il n’y aurait plus que 5 heures de SES en TES, alors qu’il y a 8h30 de sciences en TS et 8 heures de philosophie en TL) et par les possibilités pour les élèves de changer de série en cours ou en fin d’année de première : un élève pourrait donc arriver en Terminale ES sans jamais avoir suivi une seule heure de SES et passer le baccalauréat ES à la fin de l’année ! Les spécialités Langues, Mathématiques et Science politique sont tout simplement supprimées. Au cours de l’ensemble de sa scolarité, un bachelier ES qui aurait suivi l’enseignement exploratoire en seconde aura reçu 25 % d’heures de SES en moins qu’aujourd’hui. C’est ainsi que Luc Chatel affirme améliorer le niveau de connaissances économiques et sociales des français !

Plus profondément, c’est la nature même de l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales qui est remise en cause par cette réforme. En seconde, en 90 minutes chaque semaine et sans heures en demi classe, il ne s’agit plus de permettre aux citoyens en formation que sont les élèves d’accéder aux savoirs et méthodes des sciences économiques et sociales indispensables pour exercer pleinement cette citoyenneté. La finalité est seulement de « tester leurs goûts et aptitudes » par la découverte d’un enseignement absent du collège mais qui occupe une place importante dans une série du baccalauréat et dans beaucoup de filières de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, dans le cycle terminal, le Haut Conseil de l’Education approuve la séparation entre l’économie et les autres sciences sociales en spécialité de Terminale, et va plus loin en demandant à ce qu’elle soit généralisée, dénaturant ainsi les fondements qui ont permis le succès de cet enseignement depuis plus de 40 ans.

Cette volonté apparaît dans la méthode de confection des programmes choisie : expéditive (le Groupe d’Experts doit confectionner de nouveaux programmes en moins d’un mois), peu respectueuse des équilibres disciplinaires (deux économistes et un seul sociologue dans le Groupe d’Experts) et de l’expertise pédagogique des enseignants qui appliqueront ces programmes (un seul enseignant du secondaire dans le Groupe d’Experts).

Il a été demandé à l’APSES d’être représentée es qualité au sein du Groupe d’Experts par son président. En dépit des critiques fortes à l’encontre de la composition du groupe d’experts et des délais expéditifs de confection des programmes, l’APSES a accepté de participer à ce travail afin de garantir que les principes qui ont présidé jusqu’ici à la réussite des SES au lycée soient préservés : combiner sans les opposer les objectifs de formation générale à la citoyenneté et de formation disciplinaire ; partir de problématiques contemporaines pour amener les élèves à acquérir les savoirs et méthodes des différentes sciences sociales ; permettre sur certains thèmes le croisement de ces approches lorsqu’il est fécond. L’APSES tirera les conclusions qui s’imposent si les programmes proposés contrevenaient à ces principes.

Mais l’essentiel se joue aussi ailleurs car l’APSES ne se résigne pas à une réforme du Lycée qui vise d’abord à réduire l’offre de formation disciplinaire pour faire des économies budgétaires dérisoires sur l’Education et qui conduit à une conception rétrograde de la pédagogie (les cours frontaux en classe à 35 élèves et plus vont s’accroître avec le tronc commun de première et le localisme de l’attribution des heures dédoublées) confirmée par la dégradation notoire de la formation professionnelle des futurs enseignants dans le cadre de la réforme dite de « mastérisation ».

Nous appelons tous les professeurs de SES et tous les citoyens à se mobiliser au cours des semaines à venir pour que le ministère révise son projet, notamment lors des actions prévues les 14 et 21 janvier 2010 ainsi que lors de la « Semaine d’action nationale pour les SES au lycée » (du 25 au 30 janvier), qui se clôturera par la grande manifestation nationale du samedi 30 janvier.

Contacts : Président : Sylvain DAVID sylvain.david3@free.fr / 06 75 81 40 37 Vice-présidente : Marjorie GALY marjorie.galy@wanadoo.fr / 06 62 22 04 35 Secrétaires généraux : Renaud Chartoire - chartoire@aol.com / 06 18 28 16 52 Rémi Jeannin - jeannin.remi@gmail.com / 06 73 74 99 35