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Compte-rendu du collectif collège du 12 février 2008

mardi 12 février 2008

Présents :

Matthieu BRABANT : PLP (93) et Secrétaire Académique

Leila MASAROTTO : Professeur Certifiée en collège (94)

Emilie OLIVIER : Professeur Certifiée en collège (94)

Evelyne STRAUSS : Professeur Certifiée en Collège (77) et Responsable du Pôle Collèges à l’ UNSEN

Sandrine DUPONT-TANGUY documentaliste (77) et Alain DELIMAL CPE( 93 )

Déroulement

1/ présentation du dossier d’informations générales et spécifiques aux collèges par Matthieu BRABANT

2/ introduction des débats par Leila MASAROTTO :

• données chiffrées issues d’études de l’INSEE sur « l’échec scolaire » des élèves sortant du collège et mise en évidence des inégalités existantes entre les différents milieux sociaux-culturels.

• tentative de classification des causes de ce que l’on appelle « échec scolaire » en trois groupes :

o celles propres à l’élève

o celles liées au système éducatif, à l’organisation et à la nature des enseignements

o celles induites par l’environnement et le contexte de vie de l’enfant.

• premières réflexions sur les dispositifs que propose le collège, aujourd’hui, pour répondre à ces problèmes, sur les raisons de leur inefficacité et propositions d’orientation et de réflexion sur la mise en place d’autres dispositifs, voir d’autres organisations générales des enseignements.

3/ Débats :

• Qu’appelle-t-on « échec scolaire ». Cette question est fondamentale et rapporte toujours aux questions essentielles des missions de l’école.

• Elle nous renvoie à la question de norme : un élève qui a besoin de plus de temps, quelles qu’en soient les raisons, doit-il être considéré comme en échec ? Doit-on toujours se référer à une norme de rapport d’âge / acquisition ?

• Elle nous renvoie donc aussi à la notion de réussite, très subjective et normée par des critères sociaux culturels différents d’un milieu à l’autre mais qui évoluent aussi dans le temps. Celle-ci est alors intimement liée à la question de l’orientation des élèves. Ici semblent certainement résider en grande partie les raisons d’un déterminisme social contre lequel le collège d’aujourd’hui ne parvient pas à lutter. Les orientations des élèves se font aujourd’hui, soit par défaut en fonction de ce que les équipes éducatives déterminent de ce qui sera ou non possible d’obtenir avec ce dossier. Ou alors, elles se font sous l’effet de pressions sociales, parentales ou encore du système éducatif vers des voies dites d’excellence, pour ne pas « gâcher » telles ou telles compétences. Bien rares sont les orientations effectuées en fonction des projets de l’élève. D’autre part, beaucoup d’élèves sont encore trop jeunes pour avoir envisager un projet professionnel (d’où la pertinence de revendiquer une seconde de détermination pour tous).

• La remarque a été faite qu’actuellement, on se trouve dans une idéologie de réussite au mérite. En effet, le dispositif d’accompagnement scolaire mis en place dès la rentrée 2007 dans les collèges ambition réussite et à étendre dans les autres collèges à la rentrée 2008 en est un parfait exemple. Ce dispositif est destiné à aider les élèves volontaires, ceux conscients de leurs difficultés, d’apprentissage ou sociaux, et qui veulent réellement s’en sortir. Bref, « ceux qui en veulent » !! L’école a-t-elle cette seule mission ? Peut-on exiger autant d’un préadolescent en matière de conscience d’efforts et de constance ?

• Une réflexion sur la pertinence des 3 cycles du collège a été amorcée. L’organisation des enseignement par cycle nous semble être un premier type de réponse aux rythmes différents des élèves. Mais les cycles d’adaptation ( niveau 6e ) et d’orientation ( niveau 3e) du collège reposent sur une année scolaire seule, ce qui nous a semblé être un non sens. Il a été évoqué la possible pertinence d’étendre le cycle d’adaptation sur le CM2 (mais c’est à réfléchir de façon plus approfondie) et d’étendre le cycle d’orientation sur une seconde de détermination commune à tous. La structure même des écoles primaires, collèges et Lycées s’en trouveraient alors modifiée ( il faudrait réfléchir à une proposition cohérente de réorganisation ). Cependant, même si une organisation des enseignements par cycles cohérents est respectée, la question de la gestion de fin de cycle reste posée. Que fait-on d’un élève arrivé en fin de cycle sans les acquisitions qui y ont été définies ? Et qu’a-t-on fait durant le cycle pour prévenir cette situation ? La réflexion sur la mise en place de ce type de dispositif reste à être engagée. S’inspirer de modèles du système éducatif suédois a été évoqué.

• La question de l’évaluation a aussi bien sûr été évoquée, car intimement liée à l’échec scolaire. La question s’est avérée un peu délicate et devra être de nouveau discutée lors d’une assemblée plus représentative (plus nombreuse ).Quelle évaluation ? dans quel but ? comment l’élève peut-il se l’approprier dans un objectif de progression, comment la rendre constructive et significative sans la rendre douloureuse, destructive et élitiste ? L’évaluation par compétences a été évoquée, mais le modèle proposé par les inspecteurs reste insatisfaisant. Il faut réussir à y intégrer la progression, utiliser la grille avec l’élève... De plus, cette forme d’évaluation peut faire croire, à tort, au caractère exhaustif des compétences qui y figurent, alors que ce n’est pas possible. De même, la question de l’exploitation de ces grilles, après évaluation et pour les transitions entre les cycles reste à poser.

• La question de l’apprentissage à l’autonomie des élèves de collège a aussi été débattue. Il a été relevé que le fonctionnement interne au collège est beaucoup trop rigide et laisse peu de place à l’élève pour s’organiser dans l’acquisition des enseignements qu’il a reçu et qu’il doit retravailler. l’accès aux salles d’informatique et parfois au CDI sont extrêmement régulés et rigides. La salle informatique n’est accessible que dans le cadre d’un enseignement particulier avec un enseignant, sur un travail spécifique. Mais l’élève ne peut généralement pas retravailler ses productions car pas d’accès à la salle sur ses temps libres. Il faudrait peut-être envisager le collège comme un lieu où les élèves pourraient avoir plus d’alternatives que aller en cours ou être en permanence ou au CDI. Mais cela demanderait un nombre d’adultes impliqués dans ces organisations, beaucoup plus conséquents qu’actuellement..

Il a même été évoqué le peu de pertinence à faire voyager les élèves de salle en salle, et que le fait de rester dans une salle permettrait moins de rigidité sur l’enchaînement des enseignements et plus d’autonomie pour l’élève dans sa gestion du temps de travail. Peut-être même cela faciliterait la transversalité et le décloisonnement entre les disciplines.

• Enfin, durant tout le débat, il a été noté l’exaspération de tous à ce que les solutions à tous les maux de notre société soit demandées à l’école. Les difficultés sociales et culturelles des familles des enfants entrant à l’école sont inévitablement créatrices d’échec scolaire. l’école se doit de le prendre en compte et de trouver des réponses et dispositifs adaptés à ces difficultés : un personnel qualifié et disponible de médecins, assistantes sociales, infirmières, psychologues .... ainsi que suivis et aides personnalisés de ces élèves en difficulté ( donc plus de moyens pour les personnels enseignants pour le suivi et la coordination, moyens de dédoublement, limite des effectifs par classe...). C’est pourtant tout le contraire qui est mis en oeuvre.

Et même tout cela ne suffirait pas. Il nous est aussi nécessaire de poser des revendications sur le développement et la création de structures externes à l’école permettant le suivi de ces enfants. Structures de suivi médicaux, familiaux, sociaux, ...


Leila MASSOROTTO professeur de Collège Certifiée dans le Val de Marne
Collectif Collèges CGT Educ’Action Académie de Créteil.