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A travers la CIMADE, c’est à l’exercice des droits qu’on porte atteinte

jeudi 11 septembre 2008

Par un décret publié le 22 août dernier, le ministre de l’Immigration a
décidé de bouleverser le dispositif qui permettait d’informer les
étrangers retenus dans les centres de rétention et de leur apporter
assistance dans la mise en œuvre effective de leurs droits. Depuis 1985,
la CIMADE était l’organisation missionnée pour accomplir cette tâche
difficile.

Le décret prévoit que l’ensemble des CRA à travers la France seront
répartis en huit lots et que toute association ou personne morale pourra
faire acte de candidature dans une logique de concurrence. Parmi les
obligations auxquelles seront soumises les associations concernées
figure un inquiétant « devoir de neutralité et de confidentialité ».

RESF condamne avec vigueur cette réforme : il y voit

- une nouvelle aggravation de la mécanique répressive qui
frappe les étrangers, liée aux difficultés que rencontre le ministre
pour mettre en œuvre sa politique du chiffre,

- et une nouvelle régression dans l’exercice des droits
fondamentaux.

Aucun des arguments défendus par M. Hortefeux n’est convaincant :

- il invoque la surcharge de travail dont se plaindrait la
Cimade : à supposer qu’elle existe, elle n’est liée qu’à la mise en
oeuvre de quotas d’expulsion qui peuplent les CRA de personnes qui n’ont
rien à y faire et elle pourrait se résoudre, au mieux par une politique
plus humaine, et au moins par l’augmentation des moyens mis à la
disposition de l’association.

- Il vante la fin d’un monopole et l’ouverture, mais on voit
bien que l’objectif implicite est de diviser pour mieux régner et de
remplacer aussi souvent que possible une association qui se fait une
haute idée de sa mission de service public et revendique, avec mesure,
mais constance, sa dimension militante et sa liberté d’expression.

La Cimade, présente dans tous les centres et lieux de rétention, se
tient à la disposition des étrangers qui y sont amenés, les informe, non
seulement sur leurs droits, à l’asile ou à la vie privée et familiale,
mais leur donne aussi les moyens pratiques de les mettre en œuvre, en
rédigeant des recours, en mettant un mémoire à la disposition des
avocats commis d’office, en aidant les personnes retenues à communiquer
avec leurs proches, leurs soutiens.
à Est-ce cette action qu’on lui reproche, parce qu’elle permet
quotidiennement à des personnes d’échapper au sort qui leur était promis
par les services de M. Hortefeux ?

La CIMADE alerte les pouvoirs publics sur la situation réelle dans ces
lieux fermés où seuls, à part elle, les parlementaires peuvent pénétrer
et livre chaque année à l’opinion et aux media un rapport très complet
sur ce qui s’y passe : des centres si grands qu’ils s’apparentent à des
camps, la présence de personnes vulnérables : enfants, femmes enceintes
 ; de personnes dont l’enfermement est particulièrement abusif : parents
d’enfants français, conjoints de français, victimes de la double peine,
voire ressortissants français ; de réfugiés mis dans l’incapacité de
demander l’asile, etc…etc…
Ainsi, pendant les longs mois de crise au CRA de Vincennes qui ont
précédé l’incendie qui l’a détruit le 22 juin dernier, la CIMADE n’a
cessé d’alerter sur les conditions d’existence détestables, le climat de
violence et d’humiliation, dont souffraient les étrangers retenus.
à Est-ce cette vision d’ensemble d’une politique, cette volonté
démocratique de transparence, ce regard critique et citoyen, que l’on
veut annihiler ?

La CIMADE est partie prenante du Réseau Education Sans Frontières. Elle
a contribué, notamment par son expérience et son expertise sur le plan
juridique, à la réalisation de la nouvelle édition du Guide pratique et
juridique diffusé par RESF.
à Est-ce, pour une part, cet engagement qu’on veut faire payer à la
Cimade, au moment où RESF, du fait de son action réussie et prolongée en
défense des jeunes, des enfants et des familles menacés d’expulsion, est
ouvertement une cible politique pour le ministre de l’Immigration ?

A un moment où l’Etat construit à tour de bras de nouvelles prisons pour
étrangers, alors que l’existence d’une directive européenne laisse
planer la menace d’un allongement de la durée de détention et d’une
nouvelle régression des droits, RESF exprime sa solidarité avec la
CIMADE et se tient prêt à lui apporter toute la solidarité qu’elle
jugera nécessaire à la poursuite de son action.

10 septembre 2008