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Concurrence, suppression de postes, violence sociale … Disons STOP le 12 novembre !

Réforme du lycée ou le « darwinisme scolaire »

mercredi 24 octobre 2018, par cgt

L’annonce par le gouvernement de la suppression de 2 650 postes d’enseignants dans le secondaire ne peut se comprendre sans mesurer les conséquences des réformes des 3 voies du lycée. Mais au-delà des suppressions de postes et de la dégradation des conditions de travail qu’elles entraînent, ces réformes sont encore plus nuisibles pour nos élèves. En effet, Si le lycée actuel porte en lui la sélection et le déterminisme social, le projet de Lycée Blanquer l’accentue. Ainsi M-A Grard vice-présidente du Conseil Supérieur des Programmes expliquait le 01 octobre 2018 au café pédagogique que l’une des causes de sa démission était : « Je ne pouvais pas laisser dire que les enfants défavorisés n’ont pas leur place à l’Ecole »

C’est pour ces raisons que la CGT Educ’action vous appelle toutes et tous à participer à la grève et à la manifestation du lundi 12 novembre contre la réforme du lycée, les suppressions de postes et pour exiger les moyens nécessaires à la construction d’un lycée émancipateur.

Un tri social accentué dès le lycée

Une orientation précoce :

La pression autour de l’orientation s’accentue. Avec Parcoursup, l’orientation, complexifiée, se fait à l’avantage des milieux connaissant le mieux le système scolaire : les familles pouvant corréler les enseignements de spécialités et les attendus.

Il spécialise chaque année davantage les élèves :

En première, le tronc commun s’élève à 16h en voie générale, 14h en voie technologique (15h30 /13h en terminale). Sous un couvert démagogique (« les élèves ont le droit de choisir des disciplines »), ce projet retranche certains savoirs et savoir-faire de la culture commune des bachelier·ères. Par exemple, les mathématiques pourront plus facilement disparaître du cursus (ce qui n’est possible aujourd’hui que pour la série L soit 6% des bachelier·ères).

Un lycée antichambre de la sélection à l’université avec les « attendus »

Ne peuvent accéder à tel ou tel cursus universitaire que celles et ceux qui ont fait les bons choix de spécialités et obtenu les meilleurs résultats. Déjà, certaines universités réduisent le nombre d’enseignants pour créer une « tension » et pouvoir sélectionner leurs étudiants. Certains attendus tiennent compte d’éléments qui ne font jamais explicitement l’objet d’apprentissages à l’École ou de l’ordre du « savoir-être », souvent transmis par la famille : détenir le BAFA en STAPS, ou « faire preuve de qualités humaines » en BTS Génie électronique et informatique.

Une concurrence entre élèves renforcée :

Dans ce contexte, la concurrence entre élèves dans les choix de spécialités et d’options, puis d’orientation post-bac, ne peut que s’aggraver.


Des Suppressions de postes et la dégradation des conditions de travail

Des suppressions de postes massives. Pourquoi ?

1. Le volume hebdomadaire des élèves va diminuer (exemple : de 28h30 à 26h30 en seconde).

2. Avec la disparition des séries, les établissements vont, comme l’a annoncé le ministre sur France Inter « rationaliser l’offre de formation », c’est-à-dire « optimiser » la capacité de chaque division… en augmentant ses effectifs. En 2016, il y avait en moyenne 31,6 élèves par classe en seconde, 28,5 en 1re générale et 27,8 en terminale générale. A titre d’exemple, avec la réforme, en reprenant les effectifs par niveau de 2016 sur une base de 30 élèves en Première et Terminale, nous arrivons à une perte de plus de 3 000 postes au niveau national !

À ce calcul a minima, il faut rajouter les baisses horaires dans les séries technologiques ainsi que le risque qu’une partie du financement horaire des options soit prise sur les marges (qui ne sont plus destinées uniquement aux dédoublements).

Les horaires de la nouvelle seconde

Les horaires de la nouvelle première

Des disciplines en danger et en concurrence

Les choix de spécialités des élèves s’accentueront en terminale avec le passage de 3 à 2 spécialités. Les élèves feront des arbitrages en termes de poursuite d’études pour les mieux informé·es, en termes de « rentabilité de notation » pour la majorité. La pénurie orchestrée par le gouvernement risque de se traduire par des divisions internes. De nouveaux enseignements flous (enseignement numérique, histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) doivent faire intervenir plusieurs disciplines sans qu’aucun cadrage de répartition horaire n’ait été défini à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Encore plus d’inégalités entre les établissements

-  L’Accompagnement Personnalisé reste mentionné, mais sans horaire dédié et uniquement pour les élèves « en ayant besoin ». Un des objectifs des évaluations de seconde est de cibler les besoins pour une AP qui ne sera pas financée.
- L’« accompagnement à l’orientation » - 54h annuelles - n’est pas dans les grilles horaires. Ces heures sont sous la responsabilité du ou de la professeur·e principal·e, mais peuvent être effectuées par des enseignant·es, dont les professeur·es documentalistes, les Psy-En, la Région… Autant dire qu’elles ne seront pas abondées en tant que telles dans les DHG et qu’elles se solderont par une surcharge de travail pour les profes-seur·es principaux·ales dont les missions viennent d’être alourdies par unecirculaire récente. Par exemple, ils/elles devront informer les élèves sur les attendus, faire le lien avec la région qui a repris les missions des CIO...

L’utilisation des marges horaires fixées pour chaque niveau est laissée totalement à la libre appréciation des établissements, sans mention spécifique des dédoublements.

Les chef.ffes d’établissements de l’académie de Créteil ont jusqu’à 4 novembre pour faire remonter les enseignements de spécialités qu’ils souhaitent proposer ainsi que leurs effectifs prévisionnels. La note de service prévoit même que 2 établissements proches géographiquement puissent passer des conventions pour mutualiser certains enseignements de spécialités.

La voie technologique déqualifiée

La réforme induit une forme de « détechnologisation » des séries technologiques, avec des fusions d’enseignements de spécialités entre la première et la terminale. Par exemple, en STI2D il ne reste plus que l’enseignement transversal en première, et les 4 spécialités ne sont plus enseignées qu’en terminale, dans un enseignement globalisé de 12h avec le transversal.

C’est rendre l’enseignement technologique industriel plus théorique qu’il ne l’était. Pour les collègues, on aggrave le sentiment de déqualification subi violemment lors de la réforme du bac STI en 2010. La souffrance au travail risque d’être décuplée pour les nombreux.ses collègues qui ont du mal à trouver leur place dans l’enseignement transversal.

Dans toutes les séries, la création de spécialités « fusionnées » est très inquiétante pour l’égalité de traitement des élèves et pour le risque de mise en concurrence des personnels. Faute de répartition horaire dans l’arrêté, les établissements risquent de faire cette répartition en toute autonomie.

Une dévalorisation du baccalauréat

60% du baccalauréat en contrôle final. Oui mais…

Si le Français reste en épreuve anticipée en fin de première, la Philosophie en fin de terminale, ce contrôle final implique aussi le fameux « Oral », sorte de TPE sur deux ans mais sans aucun moyen fléché pour accompagner les élèves vers l’autonomie demandée. Il implique aussi que les deux spécialités de terminale seront évaluées en fin de second trimestre pour pouvoir renseigner les attendus de Parcoursup.

40% en contrôle continu.

-  10% sur la base des bulletins de première et de terminale (chaque discipline étant prise en compte à poids égal) ;

-  30% sur la base d’« épreuves communes » lors de temps donnés (ex : fin de 2e trimestre…) dans les disciplines du tronc commun (sauf Français et Philosophie). Au total, en filière générale, ce sont 14 épreuves que devront passer les élèves et organiser les collègues.

C’est la mise en place de « bacs maison » en particulier concernant les établissements accueillant les publics les plus en difficulté. Certaines facs zélées ont déjà, sans même être en tension, décidé de pondérer leurs critères de sélection par… l’établissement d’origine !

Face une attaque d’une telle ampleur, la mobilisation sera indispensable ! Pour nos élèves, nos conditions de travail, pour une école ambitieuse et émancipatrice, soyons toutes et tous en grève et dans la rue le 12 Novembre !

Notre analyse de la réforme et notre projet de lycée émancipateur