Accueil > Actualité > Conseil Supérieur de l’Éducation du 12 mai 2010 : Déclaration au CSE au nom de (...)

Actualité

Conseil Supérieur de l’Éducation du 12 mai 2010 : Déclaration au CSE au nom de la CGT et de la CGT Educ’action

mercredi 12 mai 2010

Le CSE d’aujourd’hui fait suite aux déclarations du premier ministre la semaine dernière et au sommet social de lundi. Une fois encore rigueur et austérité sont annoncées, une fois encore salariés et retraités en seront les victimes alors qu’ils n’ont pas à payer le coût d’une crise dont ils ne sont pas responsables. Les dépenses publiques seront gelées entraînant baisse des effectifs et réduction des moyens des services publics. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite entraînera la suppression de 34 000 postes par an dont encore 16 000 à l’Éducation nationale. Des dispositifs coûteux comme la défiscalisation des heures supplémentaires ne sont pas remis en cause, alors qu’ils détruisent des emplois. La CGT revendique une véritable révision des politiques publiques qui doivent être favorables à l’emploi, à l’amélioration des moyens des services publics, à la réduction des inégalités sociales et à l’amélioration du potentiel productif du pays. Les emplois de demain dépendent des investissements faits aujourd’hui dans la formation, la qualification, la recherche.

Les réformes successives à l’Éducation nationale ont un unique point commun « faire des économies » en rognant sur le moindre dixième d’équivalent temps plein. La formation des futurs enseignants en est un exemple criant. Depuis le début, cette réforme fait l’unanimité contre elle. Universités, IUFM, parents d’élèves, organisations syndicales, tous dénoncent les conditions de mise en œuvre de la formation des stagiaires qui deviennent maintenant « une ressource », un « stock » et qui seront affectés sur des « berceaux » à temps plein, sans formation, dès la rentrée. Les parents d’élèves ont toutes les raisons de s’inquiéter de la continuité pédagogique entre les différents intervenants qui vont défiler devant leurs enfants : « bébé-professeur », sa « nourrice-tuteur », quelques « baby-sitter » étudiants en master et, en cas d’absence de l’un d’entre eux, quelques « camarades de jeu » supplémentaires : TZR, contractuels ou vacataires. La formation due aux stagiaires est morcelée et bradée. Pour arriver au total de 216 heures, n’importe quoi est décompté comme de la formation : journée d’accueil administratif, visite du tuteur. Peu d’académies sont capables de présenter un plan de formation cohérent pour la durée totale de l’année scolaire. La plupart des prévisions sûres ne vont pas au-delà de la Toussaint. Tous les métiers s’apprennent, celui d’enseignant aussi. Les jeunes collègues devraient avoir acquis la maîtrise des 10 compétences au moment de la titularisation mais probablement par science infuse. Pour la CGT, la formation est un droit dès l’entrée dans le métier et tout au long de la carrière. La formation doit être comptée comme du temps de travail.

Les effets des suppressions d’emplois des dernières années se font sentir chaque jour : dégradation des conditions d’études des élèves, dégradations des conditions de travail des personnels, pressions multiples de la hiérarchie pour imposer des heures supplémentaires, remplacer un collègue à l’improviste, faire des projets pour essayer de recueillir quelques miettes d’heures ou d’euros pour pouvoir travailler correctement .

Régulièrement la presse se fait l’écho d’incivilités et d’actes de violence dans les établissements. Chaque fois les personnels réclament surveillants, infirmière, assistante sociale, médecin scolaire, psychologue scolaire. La réponse sécuritaire d’installation de caméras ne répond pas aux besoins exprimés. D’après Eric Debarbieux, président de l’Observatoire de la violence à l’école, « des études ont prouvé l’inefficacité de la vidéosurveillance pour faire baisser la violence. La vidéosurveillance permet simplement de diminuer les dommages aux biens, à condition qu’il y ait des gens derrière ». C’est une évidence mais il semble nécessaire de le rappeler : il faut des adultes dans les établissements. Toutes les catégories de personnels sont nécessaires, leurs missions ne sont pas interchangeables. Chacun a son rôle en matière de présence physique, de surveillance, de prévention, d’écoute, d’éducation et d’orientation.

Comme un serpent de mer, la menace de suppression des allocations familiales est aussi de retour comme LA solution à l’absentéisme scolaire. Dans une société où la vie devient de plus en plus dure, où l’avenir apparaît bouché, où le chômage et la précarité des jeunes sont galopants, la seule réponse du gouvernement et de sa majorité parlementaire est la répression avec une mesure qui n’apportera aucune solution mais stigmatisera les jeunes et aggravera la situation financière des familles les plus modestes. La confiance et l’accompagnement des familles et des jeunes doivent être restaurés. Cela nécessite le retour à des conditions de vie, d’accès à l’emploi, de salaires et de droits sociaux dignes de notre époque où les richesses foisonnent grâce aux progrès scientifiques et techniques mais où seuls quelques privilégiés en retirent les fruits.

Parmi l’arsenal répressif, un énième fichier informatique serait en préparation pour recenser les « décrocheurs ». La CGT s’oppose à la multiplication de toutes ces bases informatiques qui portent atteinte à la liberté individuelle et qui réduisent l’individu à quelques cases cochées. Il est, d’autre part, très dangereux de fusionner sans précautions des informations d’origines différentes. Pour l’Éducation nationale, l’université, les centres d’apprentis ou l’AFPA, le terme de décrochage reflète des réalités très différentes. L’affichage d’objectifs de réussite pour la jeunesse du pays n’est crédible que si l’Etat, les régions engagent une authentique politique globale d’actions cohérentes de lutte contre l’échec scolaire ; l’ambition doit être de s’attaquer aux causes réelles des ruptures de formation subies par la jeunesse, pour garantir à tous le Droit à l’Education et à la Formation permanentes. Les inégalités sociales restent le principal frein source de discriminations.

Une prise en charge qualitative des enfants grâce à des modes d’accueil de qualité, des structures d’éducation, de formation et d’insertion dotés des moyens humains, financiers et organisationnels nécessaires permettront de former et d’éduquer des hommes, des citoyens et des travailleurs qualifiés. L’accès pour tous les jeunes à des activités culturelles sportives et de loisirs, le droit à de vraies vacances sont aussi sources de découverte et d’épanouissement. De nombreuses solutions qui placent l’enfant dans une dynamique de construction sont connues mais elles exigent des moyens aujourd’hui pour assurer l’avenir demain.