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Salariés sans papiers : plus de 750 régularisations, la grève continue

samedi 2 août 2008

Plus de 750 salariés sans-papiers ont été régularisés en un peu plus de trois mois depuis le début d’un mouvement inédit de grèves coordonnées dans des entreprises d’Ile-de-France par la CGT et l’association Droits devant !, qui ne prévoient pas de trêve estivale.

Depuis le 15 avril, près de 70 entreprises ont été touchées par la grève de leurs salariés sans-papiers, cuisiniers-plongeurs, terrassiers ou hommes de ménage, embauchés parfois depuis des années, qui désespéraient d’obtenir un jour des papiers en règle.

Quelques heures de grève ont suffi parfois pour que "le patron s’asseoit à une table et décide de faire les dossiers", selon Francine Blanche, secrétaire confédérale CGT. Ailleurs, des locaux ont été occupés, des dossiers déposés en préfecture et la grève a duré. Elle dure encore dans 26 entreprises.

Dimanche à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) un barbecue de solidarité est organisé avec des sans-papiers licenciés en 2007.

"Sur les 200 premiers grévistes, il n’en reste qu’une petite dizaine qui ne sont pas encore régularisés et il reste encore 26 piquets de grève", a indiqué Francine Blanche, qui recense 850 cas régularisés.

Au passage, certains salariés ont gagné 2 à 300 euros d’augmentation ou la conversion d’un intérim en CDI.

Le principal écueil réside actuellement dans "l’arbitraire" des préfectures qui n’appliquent pas toutes les mêmes critères, "chacune fait un peu son potage, cela n’a ni queue ni tête", s’insurge Raymond Chauveau, secrétaire général de l’UL-CGT de Massy.

Illustration de ce "non-sens", chez BMS, une déchetterie industrielle de Nanterre (Hauts-de-Seine), 9 salariés ont été priés de quitter le territoire alors que leurs 37 collègues "même profil, même situation" ont été régularisés. La CGT a déposé des recours.

La CGT-Educ’action Créteil revendique la régularisation de tous les sans-papiers.


Régularisations historiques pour les travailleurs
Sans-papiers . Secrétaire de la CGT chargée des droits des salariés, Francine Blanche se félicite du succès de la « première vague » de grèves et d’occupations. Entretien.

Le 15 avril, les travailleurs sans papiers lançaient, à l’appel de la CGT et Droits Devant !! le début d’un mouvement pour leur régularisation. Aujourd’hui, cette « première vague » s’achève avec la levée du dernier piquet de grève. Les salariés des quinze entreprises ont donc tous repris le travail après avoir obtenu, dans leur grande majorité, des cartes de séjour.

Quel bilan tirez-vous de cette « première vague » ?

Francine Blanche. C’est extrêmement positif. Sur le plan des régularisations, mais aussi sur les réalités économiques que ce mouvement a mises au jour. Dans la restauration, le bâtiment et le nettoyage, ce mouvement a montré des réalités dignes du XIXe siècle ou du fin fond de l’Asie. Ce sont des délocalisations sur place. Toutes ces branches qui ne peuvent pas délocaliser leur production embauchent sur place dans des conditions inacceptables.

Vous attendiez-vous à une telle réussite quand vous avez lancé le mouvement le 15 avril dernier ?

Francine Blanche. Au départ, il y avait 200 grévistes et le mouvement a fait tache d’huile. Aujourd’hui, il englobe des secteurs économiques qu’on n’aurait pas pu imaginer au départ. C’est très positif. La régularisation est un moyen de faire valoir les droits de salariés. Dans les protocoles d’accord signés avec les entreprises, des temps partiels passent à temps plein, les salaires augmentent, les salariés intérimaires sont embauchés, etc. Nous assainissons la situation sociale de ces salariés.

La CGT n’a-t-elle pas été un peu débordée par ce mouvement ?

Francine Blanche. Quand les salariés se mettent en grève pour leur propre intérêt, c’est le rôle d’un syndicat de les aider. Évidemment, ça nous pose des problèmes d’organisation. Et c’est d’autant plus difficile pour nos unions locales et départementales que ce sont des entreprises où le syndicat n’était pas présent.

Allez-vous effectuer un suivi des travailleurs régularisés qui ont repris le travail ?

Francine Blanche. Bien sûr ! D’autant plus qu’il y a maintenant une section syndicale dans chacun des sites. On va travailler ensemble pour les revendications, et notamment pour les élections prud’homales. Nous avons, sur place, les moyens de suivre les garanties sociales obtenues et de les améliorer.

Certains secteurs continuent de bloquer au niveau des régularisations, notamment celui du bâtiment…

Francine Blanche. Oui, nous sommes très inquiets. On a l’impression d’avoir mis un coup de pied dans une immense fourmilière. Les grands groupes du bâtiment utilisent énormément de salariés sans papiers à la demande. C’est une zone de non-droit.

Entretien réalisé par Marie Barbier
L’humanité datée du 1er Août 2008