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Identité nationale : un débat piégé, mascarade dangereuse et raciste !

Article du site de la CGT-Educ’action 76-27

jeudi 24 décembre 2009

Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire a initié à partir du 2 novembre « un grand débat sur l’identité nationale ». Un site internet est ouvert et des réunions auront lieu dans les préfectures et sous-préfectures, un colloque de synthèse est prévu le 28 février 2010. Deux questions sont posées dans le cadre du débat sur « les valeurs de l’identité nationale » : « Qu’est-ce qu’être français ? Quel est l’apport de l’immigration à l’identité nationale ? » Notons que ce gouvernement n’est pas le premier à soulever ce type de questions. L’Institut Montaigne, dirigé par Claude Bébéar, boîte à idées de la droite libérale (financé par Bolloré, les Caisses d’Epargne, Bouygues, Dassault, Media Participation) avait déjà prévu un colloque intitulé « Qu’est-ce qu’être français ? » le 4 décembre à l’Ecole Militaire ( !) dont la clôture est prévue avec un discours de Nicolas Sarkozy. En 2007, la lettre de mission du président au ministre Hortefeux auquel succéda Besson en juin 2009 précisait : « En étant nous-mêmes fiers d’être français, nous facilitons l’intégration des étrangers que nous accueillons. Comment leur demander d’aimer la France si nous ne l’aimons pas nous-mêmes ? »

Derrière ce « faux débat » pointe le racisme lié au nationalisme, le racisme qui vise à stigmatiser l’étranger et le musulman.

Cette double injonction, à l’endroit des français et des étrangers « accueillis » est à mettre en rapport avec cette menace : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Il n’est pas inutile de préciser que les mesures concrètes à prendre à l’issue du débat sont déjà avancées par le ministre : remettre au goût du jour « les symboles et les emblèmes nationaux », « faire partager les valeurs de l’identité nationale », mettre en place « un contrat d’intégration nationale » pour les nouveaux venus et « un contrat avec la nation » pour les étrangers candidats à la naturalisation, faire chanter La Marseillaise au moins une fois par an aux jeunes…

Les initiateurs gouvernementaux du débat sont disqualifiés tant les arrière pensées sont évidentes et les pratiques en matière de traitement des demandes d’asile, de l’immigration, de manquement aux textes internationaux signés par la France sont indignes.

Qu’il s’agisse de l’enfermement d’enfants dans des centres de rétention avant expulsion de tout ou partie de familles, emprisonnement interdit par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant dont on a fêté le 20e anniversaire le 20 novembre (la suppression des moyens et de la fonction de défenseur des enfants a à voir avec cette question) ! Qu’il s’agisse du renvoi de 3 afghans dans un pays en guerre ! Qu’il s’agisse des contrôles policiers au faciès, un noir est contrôlé 6 fois plus qu’un blanc, un « arabe » 8 fois plus ! Qu’il s’agisse des discriminations à l’embauche, de l’exploitation de la main d’œuvre immigrée avec ou sans papiers qui lutte actuellement pour sa régularisation et l’égalité des droits. L’Etat foule aux pieds les valeurs dites républicaines.

Quels sont les objectifs du débat lancé par Besson ?

C’est une opération dont le gouvernement et le chef de l’Etat entendent tirer tout le bénéfice : agiter le drapeau de l’identité nationale dans une période précédent immédiatement les élections régionales n’est pas fortuit et permettra de rééditer le coup de la campagne présidentielle en forme de siphon des voix d’extrême droite. Cela fait aussi diversion sur les effets de la « crise » durement ressentie par les travailleurs et les jeunes. Dans le même temps cela vise à ressouder une droite dont certains éléments renâclent fortement. JF Copé, patron des députés UMP, interrogé (1) début octobre sur la seconde partie du quinquennat évoque « une question centrale qui est à (mon) avis LA question, qui est celle de l’identité française ». Fillon estimait (1) le 6 octobre que la seconde partie du quinquennat va se jouer dans les 3 mois qui viennent. La question identitaire serait donc le premier étage d’un nouveau projet politique à droite ?

Pas question donc de participer à la mascarade du débat.

Ce n’est pas à l’Etat de définir notre identité. Nos cultures, nos expériences sociales, nos itinéraires de vie divers et variés, nos métissages ont forgé des identités multiples. Les valeurs d’égalité, d’humanité n’ont rien à voir avec la défense d’un quelconque drapeau national car les valeurs progressistes sont universelles, elles n’ont pas de frontières. Notre réponse sera donc de refuser de rentrer dans le débat officiel mais d’y répondre en actes en donnant notre point de vue publiquement, en défendant plus que jamais face à cet écran de fumée le principe de laïcité, celui d’égalité des droits et les libertés et droits fondamentaux que ce gouvernement foule aux pieds quotidiennement. Nous soutenons toutes les initiatives qui dénonceront cette propagande gouvernementale. Nous rejoignons tous ceux, historiens et autres qui ont réclamé la suppression du ministère de l’Identité nationale.

Dominique Pierre.


Sur le site de la CGT-Educ’action 76-27 : http://educaction7627.fr/spip.php?article1093