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Victime de l’administration, l’enseignant se retrouve SDF

samedi 4 juin 2011

Le Parisien du 3 juin 2011


Patrick Cavalier est au bout du rouleau. A 59 ans, cet ancien professeur contractuel de l’académie de Créteil, aujourd’hui licencié et en invalidité, est dans une situation financière plus que critique. « Je suis SDF, lâche l’homme, la voix fatiguée. Je suis hébergé chez des amis à Limoges, je suis interdit bancaire.

J’attends désespérément que l’Education nationale me paie ce qu’elle me doit depuis des années. » Selon lui, l’institution lui doit 16000 €, une somme qui recouvre des indemnités de licenciement, mais aussi des prélèvements effectués arbitrairement sur son salaire.

Patrick Cavalier a été professeur de chauffage thermique au lycée Maximilien-Perret à Alfortville pendant onze ans. A partir de 2007, il a multiplié les arrêts de travail à cause d’une maladie dégénérative, la maladie des os de verre. Il est ensuite passé en grave maladie, puis en invalidité en 2010. « Pendant un temps, j’ai trop perçu d’argent de mon employeur, car il ne savait plus si j’étais sous le régime général de la Sécurité sociale ou si j’étais en invalidité, mais j’ai quasiment tout remboursé. Ils se sont servis directement sur mon salaire ! » En avril 2009, le quinquagénaire quitte son logement, faute de pouvoir payer son loyer, et arrive à peine à acheter de quoi manger. Il se réfugie cinq mois plus tard chez des amis, à Limoges, où il vit toujours.

L’Education nationale continue de lui demander de l’argent. Patrick parle de « harcèlement ». Parallèlement, le service du personnel du rectorat n’envoie pas, selon lui, l’attestation employeur à la Sécurité sociale. Ce qui l’empêche de toucher la moindre indemnité. Son dernier salaire est de 34 €, ceux d’avant s’élevaient à 500 €. « Si le salaire actuel du collègue est amputé, c’est que le rectorat n’a pas fourni les documents nécessaires pour que sa situation soit clarifiée, accuse Jocelyne Bollengier, membre de la CGT Educ’Action, élue à la commission administrative paritaire académique. On a demandé une avance exceptionnelle, mais ça n’a rien donné. Je suis choquée par l’inhumanité de l’institution vis-à-vis d’un collègue qui a travaillé pour elle pendant vingt-deux ans. »

Fiché à la Banque de France

L’homme est aujourd’hui fiché à la Banque de France, n’a plus de compte en banque et reçoit la visite d’huissiers. Le rectorat avance que Patrick Cavalier recevra son indemnité en juin et que les documents pour faire son dossier à la Caisse primaire d’assurance maladie lui ont récemment été envoyés. Patrick Cavalier a reçu il y a quelques jours un arriéré de 6000 € de la part de la Sécurité sociale, ce qui lui permet de souffler, mais il n’exclut pas de déposer un recours. « Je ne sais pas combien je vais percevoir, car le rectorat me dit que je lui dois encore 18000 €. Je me sens méprisé, je suis dans un état psychologique lamentable. »