Accueil > Actualité > « Les jeunes sont parmi les plus hostiles à cette réforme »<P>

Actualité

« Les jeunes sont parmi les plus hostiles à cette réforme »<P>

Entretiens de Bernard Thibault à l’Humanité et aux Inrockuptibles du 21 juillet 2010

jeudi 22 juillet 2010

Entretien dans l’Humanité :

L’examen de la réforme commence à l’Assemblée Nationale. La façon dont il s’engage permettra-t-elle un vrai débat ?

La forme retenue est dans la droite ligne de ce qu’on a connu depuis le début du processus de la « réforme » des retraites : une concertation mais pas de négociation, la présentation d’un projet le 20 juin, quelques jours avant les congés d’été, un Conseil des ministres un 13 juillet, en plein congés, et une commission des Affaires sociales à huis clos. C’est le signe d’une difficulté pour le gouvernement à assumer les choix qu’il va défendre en septembre.

Vous n’avez pas l’espoir que la commission présente un projet un peu modifié ?

Ca ne semble pas être l’orientation politique retenue à ce stade. La consigne semble donnée par l’Elysée de ne pas engager les choses sérieuses dès maintenant. Ca ne veut pas dire qu’on ne soit pas à la merci de manœuvres. Mais, d’après moi, le gouvernement, très conscient du climat social qui entourera le débat parlementaire de septembre, attend le dernier moment pour savoir s’il doit bouger et sur quoi.

Mais Eric Woerth et Nicolas Sarkozy répètent qu’il peut y avoir des changements sur la pénibilité, les carrières longues, les polypensionnés. Vous les rencontrez, est-ce que vous percevez des évolutions.

Non ! Aujourd’hui, il n’y a absolument aucun mouvement particulier sur quelque paragraphe que ce soit du texte, y compris ceux énoncés par le Président de la République. Ca relève à mon avis du besoin de communication politique parce que le projet du pouvoir est largement rejeté. En même temps, je l’interprète comme des points marqués sur le caractère injuste de cette réforme et le fait que le gouvernement ne pourra pas présenter son texte en totalité dans sa version actuelle. Je ne sais pas sur quoi il sera contraint de bouger mais la mobilisation l’oblige déjà à communiquer sur des évolutions possibles. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et on ne va pas laisser de faux espoirs sur la seule base de la communication gouvernementale.

Vous remettez donc en cause l’ensemble de la réforme…

Oui, parce que ce n’est pas une réforme des retraites mais un plan d’économie sur les futures retraites à verser. Et il n’y a pas de débat réel sur les différentes options. Nous sommes par exemple les premiers à considérer qu’il faut améliorer le taux de remplacement et donc débattre de l’évolution des droits actuels. Nous considérons que la précarité génère une baisse des pensions et nous aimerions débattre de cette question. Ce débat nous est refusé. Ce plan consiste à verser les retraites plus tard, c’est pourquoi on joue sur l’âge légal de départ, et à partir de là tout en découle. C’est cette approche qu’il faut absolument bousculer.

Le débat refusé, ça veut dire que tout est plié ?

Absolument pas ! Ce qui me rend confiant, c’est l’immense succès de la journée de mobilisation du 24 juin. Une mobilisation exceptionnelle si on considère le calendrier. Ceux qui étaient mobilisés le 24 juin le resteront début septembre. Et ça continue puisque nous en sommes à 580 000 signatures sur la pétition de la CGT. Le rendez-vous du 7 septembre est connu, c’est devenu un sujet de conversation et je pense que le gouvernement sera une nouvelle fois surpris.

Mais le Président de la République assure que, quel que soit le nombre de manifestants, ça ne changera rien.

C’est une posture qui n’est pas très originale. J’ai entendu ça à plusieurs reprises sous différents gouvernements. Cela vise à dissuader de manifester mais c’est surtout le signe d’une grande fébrilité.


Entretien dans les Inrockuptibles :

La commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale se penche depuis le 20 juillet sur la réforme des retraites. L’affaire Woerth-Bettencourt n’a-t-elle pas occulté le débat ?

Pas totalement. Voyez l’ampleur de la mobilisation du 24 juin, à la veille des congés, ou des rassemblements du 13 juillet, ce qui n’était pas forcément chose aisée. Ce qu’on dit et fait les syndicats a contribué à ce que le débat s’enracine dans le pays, même si le gouvernement a choisi un calendrier très singulier, notamment pour nous empêcher de jouer notre rôle.

Après son intervention sur France 2, que pensez-vous de l’attitude du président ?

Mon expérience me fait dire qu’il y a déjà eu beaucoup de présidents et de premiers ministres qui avaient certifié que quoi qu’il arrive, ils étaient déterminés à faire passer leur projet. Mais la mobilisation sociale les a contraints à revoir leur démarche. Il ne faut donc pas se laisser impressionner par cette posture. On ne peut prétendre faire le bonheur des gens quand ils considèrent très massivement que ce n’est pas le cas.

Vous appelez à une journée de mobilisation le 7 septembre, jour de l’examen du texte à l’Assemblée. Etes-vous confiant sur votre capacité de mobilisation ?

Notre capacité de mobilisation s’appuie sur la journée du 24 juin. On ne peut pas penser qu’autant de gens mobilisés contre cette réforme changeront d’avis en septembre. De plus, l’unité syndicale s’est entre-temps élargie puisque nos amis de FO ont enfin décidé de nous rejoindre. Enfin, j’entends déjà beaucoup de gens au courant du rendez-vous du 7 septembre. Autant d’ingrédients qui nous permettent d’être confiants, même si on reste lucides sur la dimension du mouvement qu’il nous faut être capables d’organiser, pour faire fléchir le chef de l’Etat sur cette réforme.

Comment parvenir à mobiliser, les jeunes notamment ?

On a un plan de travail tout à fait élaboré. On va diffuser, à plusieurs millions d’exemplaires, un nouveau document grand public qui expliquera la réforme et qui est le contre-produit de la propagande gouvernementale. On rendra visite pendant l’été aux élus à leur permanence et on occupera les lieux de vacances. Mais, contrairement à une idée reçue, les jeunes se sentent majoritairement concernés par elle, même si c’est n’est leur premier sujet de préoccupation. Mais ils comprennent qu’à leur tour, ils risquent d’être dépourvus d’un droit que leurs prédécesseurs avaient…