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Enseignement  : pourquoi la mobilisation se propage-t-elle en Île-de-France  ?

L’ arbre d’une agression et la forêt des conditions de travail dégradées

Tribune dans l’Humanité du 15 février 2010

mardi 16 février 2010

La mobilisation actuelle dans l’éducation nationale, qui se propage à toute l’Île-de-France, ne fait pas suite à l’agression d’un élève à Vitry et à l’action des enseignants et des élèves du collège-lycée Chérioux.

De fait, des établissements étaient en lutte avant (par exemple le collège Jean-Moulin et le lycée Jean-Jaurès, tous les deux à Montreuil) et le fond des revendications correspond plutôt à celles mises en avant par l’AG des établissements  : « Oui à l’embauche massive de personnels enseignants et d’agents dans l’éducation nationale. Non à la suppression de 16 000 postes à la rentrée prochaine, aux classes surchargées et au non-remplacement des personnels. Abrogation de la loi de mobilité des fonctionnaires qui autorise les licenciements dans la fonction publique. Non à la précarité dans le premier et le second degré. Titularisation et formation de tous les personnels précaires. Oui à un véritable service public de l’éducation nationale, de l’école à l’université. Retrait de toutes les réformes qui visent à le démanteler  : réforme des lycées Chatel, Eple, mastérisation… Non à la RGPP et aux restructurations. Non à la destruction programmée des COP et des CIO. » (Revendications adoptées par l’AG des établissements en lutte le 11 février 2010.)

Il faut citer plutôt la grève au collège-lycée Henri-Wallon, à Aubervilliers (d’où le fait que les premières manifs se soient déroulées à Aubervilliers, puis à Saint-Denis)  : les personnels se sont mis en grève en faisant le constat des dégradations de leurs conditions de travail, en notant que la rentrée 2010 sera encore plus dégradée (avec l’arrivée de la dotation horaire 2010), et surtout en faisant le lien entre situation locale et situation nationale.

Les personnels en lutte à Vitry ont, eux aussi, toujours mis en avant la question des moyens  : ils revendiquent des surveillants, pas des caméras ou des portiques de sécurité  ! Si les médias et le gouvernement se fixent sur la question de la sécurité, c’est pour masquer les vrais problèmes  : les réformes et les suppressions de postes qui ont forcément des incidences sur la vie scolaire.

Trois exemples  :

- Comment vais-je pouvoir assurer les cours de maths en informatique comme prévu dans le programme de bac pro alors que je n’aurai plus de dédoublements, et que je vais avoir 24 élèves en maths, tandis que la salle informatique dans mon lycée a 12 places  ?

- Le rectorat de Créteil embauche de plus en plus de non-titulaires (2 300 en janvier 2009, 2 900 en janvier 2010), à la rentrée 2010, les stagiaires seront affectés à des postes à temps plein et remplacés pendant quelques semaines (pour se former un peu…) par des étudiants  : comment peut-on imaginer que les enseignants ainsi jetés devant les classes pourront faire bénéficier aux élèves des enseignements de qualité et dans des conditions dignes  ?

- En supprimant le statut de MI-SE (surveillants recrutés directement par les rectorats avec de réelles possibilités de poursuivre des études en parallèle) et en le remplaçant par une multitude de statuts (AED, médiateurs…) pour des personnels recrutés directement par les chefs d’établissement, le gouvernement déstabilise les vies scolaires et provoque des rapports hiérarchiques et autoritaires entre ces personnels et certains chefs d’établissement et CPE.

Les problèmes de conditions de travail dégradées (et encore plus dégradées à la rentrée 2010 avec de nouvelles suppressions d’emplois  !), des enseignements impossibles à faire par manque de moyens  : voilà les problèmes. Dès mardi 16 et jeudi 18 février 2010, les enseignants, en particulier avec la CGT Éduc’action et le Snes-FSU, seront de nouveau dans la grève et dans la rue, avec une extension prévue dans le premier degré et dans toute la région parisienne. Dès la mi-mars, une action nationale est prévue. La CGT Éduc’action construit par ailleurs une action pour aller chercher les titularisations promises par Sarkozy.

Par Matthieu Brabant, professeur de maths-sciences au LP Denis-Papin, à La Courneuve, secrétaire académique CGT Éduc’action Créteil

http://www.humanite.fr/2010-02-15_Idees-Tribune-libre-Histoire_L-arbre-d-une-agression-et-la-foret-des