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Fin de l’expérimentation d’une cagnotte pour lutter contre l’absentéisme : Chronique d’un échec annoncé

Communiqué de la CGT-Educ’action Créteil

mercredi 30 juin 2010

Le ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives Marc-Philippe Daubresse a annoncé, dans un entretien au Parisien/aujourd’hui en France daté du 30 juin 2010, la fin de l’expérience lancée dans l’académie de Créteil où de l’argent était distribué aux élèves pour lutter contre l’absentéisme.

Si la CGT-Educ’action Créteil se félicite de la fin de cette expérimentation à laquelle elle était opposée depuis le début, il est assez étonnant d’apprendre cette information par voie de presse. En effet, il avait été demandé en Comité Technique Paritaire Administratif (CTPA) un bilan de cette expérimentation, le Recteur de l’académie de Créteil répondant qu’un bilan serait proposé lors du prochain CTPA, donc à la rentrée de septembre 2010… Visiblement un bilan aurait pu être proposé aux organisations syndicales bien avant...

La CGT-Educ’action était opposée dès le départ à cette vision libérale et consumériste de l’école, à l’opposé de l’éthique et des valeurs qu’elle défend, celle d’une école gratuite, qui donne du sens aux savoirs afin de permettre aux jeunes de se construire en tant que citoyens et futurs salariés de ce pays.

Le projet a déclenché une polémique qui avait mis mal à l’aise dès le départ Luc Chatel. Celui-ci pouvant difficilement désavouer son Recteur le plus appliqué et le plus empressé à mettre en œuvre la politique gouvernementale, Recteur devenu depuis son bras droit au ministère. Valérie Pécresse s’était, elle-même, déclarée « très réservée » sur le dispositif.

Hier, le parlement adoptait la loi consistant à supprimer les allocations familiales en cas d’absences répétées : il est frappant de voir qu’à chaque fois, le seul levier choisi par le gouvernement est le levier financier, que ce soit en positif avec la cagnotte ou en négatif avec la suppression des allocations familiales. Décidemment, nous ne vivons pas dans le même monde.

De même, la logique économique impose au gouvernement une dégradation constante du service public d’éducation, dégradation qui vise d’abord les établissements des personnels qualifiés pour traiter la difficulté scolaire. On a dénoncé la disparition des RASED dans le primaire, mais où sont passés les médecins scolaires, les infirmières, les conseillers d’orientations psychologues, les conseillers principaux d’éducation, les surveillants..., tous ces interlocuteurs qui accueillaient la détresse des jeunes en difficultés dans les établissements du secondaire ?

Si l’on veut résoudre le problème de l’absentéisme, il faut aussi parler de l’orientation scolaire, mais cela coûte cher…. Elle se fait la plupart du temps, par défaut, dans les lycées professionnels considérés comme des voies de relégation pour les élèves cumulant difficultés sociales et scolaires. La CGT-Educ’action Créteil propose de mettre en débat sa proposition de cycle de détermination au niveau seconde reliant les 3 voies du lycée, cette proposition permettrait une réelle valorisation de toutes les voies du lycée.

L’absentéisme est un phénomène complexe qui traduit des stratégies d’évitement et une réelle souffrance des jeunes vis-à-vis de l’école. Il nécessite à la fois une prise en charge éducative et parfois médicale. Il ne peut être instrumentalisé par le biais de dispositifs qui ne sont, en fait, que des stratégies de communication dont on peut soupçonner qu’elles visent surtout à satisfaire des ambitions personnelles. L’aveu du ministre de la Solidarité et de la Jeunesse est cinglant : selon lui la mesure a été mal vécue et surexploitée médiatiquement… de fait, le Recteur de l’académie de Créteil à l’époque et le ministre de l’Education Nationale ont oublié un peu vite que ce serait des élèves et des personnels qui devraient subir, y compris médiatiquement, leur expérimentation. Aujourd’hui, le constat est fait d’un échec et même d’une souffrance des élèves et des personnels suite à ce sentiment légitime d’avoir été utilisés en dehors de toute logique éducative. Est-il étonnant que les élèves et les personnels concernés refusent de s’exprimer dans les médias ?

Les jeunes n’ont pas à gagner des voyages scolaires parce qu’ils ont été « méritants ». Les voyages, les sorties..., font partie des projets éducatifs de tous les établissements scolaires et devraient concerner tous les élèves sans distinction. L’effort, le mérite -on reconnait ici la sémantique présidentielle- seraient les seuls viatiques pour mieux faire fonctionner l’école. On oublie que l’Education est un droit fondamental donné à chacun, quelle que soit sa condition. Cette inversion des valeurs est une honte que nous devons dénoncer.

La CGT-Educ’action Créteil, seconde organisation syndicale du 2nd degré de l’académie de Créteil, continuera à lutter avec les personnels pour une école qui forme et émancipe les élèves, ce qui passe par une autre orientation dans le système éducatif.

La CGT-Educ’action Créteil sera dès la rentrée avec les personnels dans la lutte. Le 7 septembre 2010, dans la grève interprofessionnelle, et le 8 septembre 2010 à 14h00 à l’occasion d’un rassemblement devant le Rectorat de Créteil à l’occasion duquel les personnels viendront porter leurs revendications et celles de leur établissement.

Saint-Denis, le 30 juin 2010