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De quoi Khatchik et Léonarda sont-ils le nom ?

vendredi 1er novembre 2013, par cgt

La jeunesse lycéenne est descendue dans la rue, réclamant le retour de Khatchik et Léonarda, élèves expulsés début octobre. Cette mobilisation a débouché sur une crise au sommet de l’Etat. Quel ressort a poussé la jeunesse à agir ?

Khatchik, un jeune majeur expulsé pendant sa formation

C’est l’expulsion de Khatchik qui a la première soulevé l’indignation des lycéens. L’affaire Léonarda, plus médiatisée, est entrée ensuite en résonnance et a démontré que le problème est bien celui d’une politique nationale. Khatchik Kachatryan, 19 ans, élève sans papiers au lycée Jenatzy dans le 18e arrondissement de Paris, a été expulsé le 12 octobre, un samedi matin, en catimini, sans affichage sur la liste des vols dans le centre de rétention. Lycéens, enseignants et militants avaient fait échouer les deux premières tentatives en se rendant à l’aéroport de Roissy. L’expulsion d’un lycéen parisien n’avait plus eu lieu depuis 2006, quand le ministre de l’intérieur s’appelait Sarkozy. Valls tient à montrer qu’il peut faire mieux que la droite. Placé en garde-à-vue à son arrivée, Khatchik voudrait retrouver sa formation de CAP, ses camarades et sa famille, déboutée de sa demande d’asile et restée en France. Valls en a décidé autrement, mais les mobilisations lycéennes n’ont pas dit leur dernier mot.

Léonarda, collégienne : bus scolaire vers le Kosovo

L’expulsion de Léonarda Dibrani avec sa famille a été davantage à cause des circonstances de son interpellation, alors qu’elle participait à une sortie scolaire de son collège de Pontarlier. Il y a eu des précédents cette année : le 6 mai, la police avait demandé aux directeurs des écoles maternelle et primaire de Nîmes de retenir des enfants tchétchènes en vue de les cueillir après la sortie et de les expulser avec leur mère. En septembre la police a interpellé Steve pendant l’intercours, devant le lycée Laplace de Caen. L’expulsion de Léonarda est l’intrusion de trop. Léonarda est Rom, l’intégration est donc impossible aux dires de Valls. Le préfet du Doubs, ancien du cabinet Besson lorsqu’il était ministre de l’identité nationale, ne pouvait attendre les deux mois au terme desquels la famille entrait dans les critères de la circulaire Valls du 28 novembre et aurait été régularisée. L’affaire Léonarda illustre donc à la fois la stigmatisation des Roms et l’application « couperet » de la circulaire Valls.

« Respecter la législation » ou changer la loi ?

Les mobilisations lycéennes et les fractures ouvertes dans le parti du gouvernement ont contraint Hollande à s’exprimer publiquement le 19 octobre. Pas sur Khatchik, mais sur Léonarda. Tout a été tenté pour discréditer la famille. On a entendu que le père était violent : raison de plus pour ne pas expulser Léonarda, sa mère et sa fratrie au Kosovo ! On a entendu que le père avait menti et que, à part lui, toute la famille était italienne : raison de plus pour ne pas expulser la famille dans un pays inconnu de Léonarda et de ses frères et sœurs. On a lu dans le rapport de l’inspection générale de l’administration, uniquement à charge, que « le comportement général [du père] ne dénotait pas une réelle volonté de s’intégrer à la société française » entre autres à cause d’une « absence de recherche sérieuse d’emploi alors que l’offre est, dans l’arrondissement de Pontarlier, réelle ». On se demande qui respecte la réglementation. Les demandeurs d’asile et les déboutés n’ont pas le droit de travailler et personne n’a le droit de leur proposer un emploi. Il est curieux qu’un rapport officiel reproche à Monsieur Dibrani de ne pas avoir enfreint la loi pour donner un signe d’intégration. C’est au fond un aveu : tous les sans-papiers ou presque travaillent, ce sont tous des travailleurs, comment vivraient-ils autrement ?
En voulant couper la poire en deux, Hollande a coupé la famille : il propose à Léonarda d’abandonner les siens pour revenir seule au collège. Quid de sa sœur aînée, en CAP au lycée Toussaint l’ouverture ? Quid des autres enfants scolarisés ? Et quid du droit de vivre en famille ? Il n’y que Valls pour y voir un geste de « générosité ».
Hollande affirme qu’il n’y avait pas faute et invoque le « respect du droit ». Il ne dit pas que c’est la législation héritée de Sarkozy et Guéant qu’il applique avec « fermeté » et qu’il laisse intacte depuis qu’il est président. La seule réforme qu’il a annoncée, c’est le raccourcissement de l’instruction des demandes d’asile, histoire de rejeter plus vite et d’éviter que les enfants aient le temps de s’intégrer à l’école. Quant à la circulaire visant à sanctuariser le temps scolaire, elle reprend pour l’essentiel celle d’octobre 2005, signée Sarkozy, sauf qu’elle ne demande pas d’attendre la fin de l’année pour expulser. Le changement, c’est maintenant !

Un mouvement de la jeunesse contre la banalisation du racisme

Au trentième anniversaire de la Marche pour l’Egalité de 1983, qui a débouché sur l’adoption, à l’unanimité des députés, de la carte de résident de dix ans, la xénophobie domine encore les discours publics. L’amalgame immigration-insécurité prospère. Les sorties de Valls sur les Roms, loin d’enrayer la montée du FN, le stimulent. Chacun y va de sa surenchère. L’UMP s’attaque au droit du sol. Une élue FN n’hésite pas à comparer Christiane Taubira à un singe. L’exaspération devant la banalisation de la parole raciste, les provocations de Valls, la montée du FN, le maintien des lois et pratiques héritées de Sarkozy : voilà le moteur des mobilisations de la jeunesse pour tous les Khatchik et Léonarda.